‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 7 sur 26 · NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

NÉCESSAIRE

Et sans cette nécessité, à prendre cette expression dans son acception pliilosopbiquc, comment seroit tombée dans l'espiil d'homuies, naturellement indépcndans, la plus inconcevable de toutes les idées et la plus répugnante à la nature de l'homme, l'idée de sujétion à son semblal)le? Le système d'un contrat social entre les peuples et les rois, ce contrat qui suppose une délibération à priori y pour sacrifier, sans nécessité urgente et démontrée, sa liberté et sa volonté à la volonté d'un autre, n'a pu naître que dans des esprits sans jugement et des amcs

I l8 J)KM0NSTKAÏ10N PUJT.OSOPHIQUK

sans élévation ; et , loin que les hommes aient pu ainsi à l'avance, et pour la satisfaction de l'un d'entre eux , se donner un maître à telle ou telle condition, trop heureux dans des périls ur^ens de trouver un sauveur, ils ont accepté de sa part , avec reconnoissance , toutes les conditions qu'il leur a imposées dans leur intérêt.

Ainsi nous avons trouvé dans l'état public ou politique de la société à sa naissance les trois 'personnes sociales que nous avons trouvées dans la société domestique. Nous les trouverons dans les sociétés politiques les plus avancées , sous divers noms de noblesse , d'officiers publics , de magistrats , de guerriers, etc. (i).

Ainsi les trois personnes et la place qu'elles occupent, et les fonctions qu'elles exercent, et les rapports qui les unissent, forment toute la constitution ou le tempérament de la société , bien difterente de l'administration qui n'en est que le régime^ d'où vient que, pour la société

(i) Dans les langues du Nord, le pouvoir est exprimé à découvert; car les mots Kœnig , Kiiig, Kari , etc. , qui expriment la royauté , ont tous pour racine le verbe germanique ou scy tique Kœnncn, qui veut dire pouifoir à l'infinitif. (Leibmtz.)

comme pour l'homme, le régime doit être plus sévère à mesure que la constilution est plus foible, c'est-à-dire qu'il faut une administration plus concentrée ou plus monarchique , à mesure que la constitution ou le pouvoir est plus démocratique ou plus dispersé.

Ainsi nous pouvons soutenir déjà que (i) si l'état domestique de société produit et conserve les individus, parce que le pouvoir^ le ministre, le sujet, n'y sont que des individus, l'état public ou politique multiplie et conserve les l'amilles , parce que, dans les sociétés politiques à leurs derniers développemens, \q pouvoir et les ministres tendent toujours et partout à devenir des familles, c'est-à-dire, à se rendre héréditaires.

Nulle part que dans la fabuleuse Arcadie, on n'a vu im certain nombre de l'amillos placées sur le même sol, subsister sans lien commun et moyen d'ordre intérieur et de défense extérieure, c'est-à-dire, sans un pouvoir public; à moins qu'elles ne fussent, comuu^ les missions du l\u*aq;uay, soumises à des institutions relif^ieuses, qui y étoient un poitroir, et

(j) Je crois dcvoii" pri'Vi'iiii* (juc i'cLiL (ioiiu'slitjiic iiV'st pas Tctat de doiucslit itc, mais la vie on iamillc, à do/no.

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le plus respecté de tous , mais qui cependant n'auroit pas à la longue pu maintenir tout seul l'ordre et la sûreté de l'Etat, dans un pays plus étendu et moins isolé.

Nous avons sous les yeux l'exemple de peuplades sauvages, qui, pour n'avoir pu sortir de l'état domestique, vivent ou plutôt végètent dans la barbarie et la foiblesse, et finissent, un peu plus tôt un peu plus tard, par une dépopulation progressive, ou une extermination totale.

Nous allons reprendre les principaux caractères àes personnes sociales; mais nous ne pouvons, en les développant et les appliquant à l'état public de société, que répéter ce que nous en avons dit en traitant de l'Etat domestique. Le lecteur pardonnera ces repétitions en faveur de l'importance de la matière.

Nous prendrons nos exemples et nos termes de comparaison dans la société où toutes les institutions politiques s'étoient le plus développées, en France. Ces institutions ne sont plus; mais, s'il ne nous est plus permis de les présenter comme des modèles , nous pouvons les étudier comme des monumens. Tel le vovageur, voyant à ses pieds les ruines imposantes des temple dejVIempliis ou dePalmyre, en considère avec étonnemcnt les magnifiques débris.

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