CHAPITRE IV. i7j
Quoi qu'il en soit, les nouveaux corps religieux , plus détachés en apparence des choses temporelles, parce qu'ils ne possédoient rien; plus fervens , parce qu'ils étoient plus récens ; plus studieux , parce qu'ils étoient moins distraits par les soins temporels , tirés d'ailleurs de la classe du peuple , acquirent dans son esprit une haute réputation de sainteté , et surtout de doctrine : mais leur habit, qui étoit celui du bas peuple, leur science petite et pointilleuse, leurs manières d'une popularité qui alloit jusqu'à la bassesse, furent, au moins en France, et chez une nation spirituelle et élisante, l'objet des sarcasmes des savans . et <!e la critique drs gens du monde. « Les Frères » Mineurs, dit Fleury, s'exerçoient continuel » lement aux disputes scolastiques. On traitoit » tous les jours de nouvelles questions , et on y » employoit toute la chicane et toutes les sub- » tili tés possibles... » a Ce fut dans ce temps, » dit Leibnitz , que son luthéranisme très-équivoque ne doit pas rendre suspect, même dans cette ma tière, ce que tous les bons écrivains dis- » parurent, les religieux mendians tirant toul i o eux;.. . en sorte que le droit civil et canonique * et toutes les subtilités de l'école devinrent » presque l'unique objet de toutes les études,
?7(i TRAITÉ DU WmiâTERE PIJHLIC ,
Ces nouveaux corps ne furent pas non plus assez en harmonie avec les principes monarchiques de la religion el de l'Etal, à cause des élémens démocratiques dont leurs élections perpétuelles et leurs autorités triennales , objet éternel d'ambition et de brigues, présentoient les formes et receloient l'esprit. « Rien n'étoit )) plus sage que la stabilité des anciens, » dit Flcury, en parlant de ce changement continuel de supérieurs. C'est l'esprit démocratique de leurs institutions qui leur donuoit cette tendance habituelle à former dans l'Eglise une hiérarchie particulière , indépendante de la discipline ordinaire, et à se soustraire à la juridiction épiscopale par ces exemptions multipliées que les papes accordoient à leurs importunités , et contre lesquelles de grands personnages se sont élevés avec tant de force. Mais ce n'étoit pas là leur seule discordance, ni la plus importante, avec les principes constitutifs de toute société.
Le clergé séculier et régulier avoit été jusqu'alors propriétaire, et sans propriété, point d'indépendance des hommes : sans indépendance des hommes , point de ministère public. Les nouveaux corps religieux, qui vécurent