CHANTRE IV
Cet affaiblissement de l'ordre politique , la nécessité de repousser les Anglais, qui, les premiers en Europe , a voient placé la force de leurs armées dans les troupes soldées ; la fureur des conquêtes en Italie , qui saisit nos rois à cette époque, déterminèrent Charles VII à faire un établissement fixe de ce qui n'avoit été jusqu'à lui qu'une levée accidentelle et passagère. Les troupes soldées n'avoient été jusqu'alors que la partie la moins nombreuse et la moins estimée des armées françaises ; elles en devinrent la force et la partie principale : différente importante , qui , dans une nation monarchique, place la force de l'Etat dans l'infanterie qui a toujours fait la force des Etats populaires ou despotiques; arme plus soumise que fidèle, plus propre à L'agression qu'à la dé fense (et c'est aussi l'esprit de la démocratie), et qui, plus portée au mécontentement que La cavalerie par la nature dé sa composition , ou
parce que l'homme y est moins occupe, a par
tout été, et même en France, le premier et !< plus puissant instrument de révolution. I religieux mendians, dépendant de ceux 1 donnoient, a voient mis un principe démocra tique dans L'Église, et condescendu trop vent aux faiblesses des fidèles, ou quelqi
a8q TRAITÉ 1)1 MINISTERE PUBLIC,
appuyé les prétentions indiscrètes de la cour de Rome; « car, dit Fleury, ce furent les Frères » mendians qui poussèrent aux plus grands » excès les prétentions de l'autorité des pa- » pes (1). » De même les troupes soldées, dépendantes de ceux qui payoient, avoient mis un principe démocratique dans l'État; prêles à servir, suivant le temps et les occurrences , les foiblesses du peuple et les abus du pouvoir. Une armée de soldats est un peuple armé, véritable démocratie militaire, observe Montesquieu , en parlant de l'empire romain , où l'empereur n'étoit qu'un premier magistrat toujours amovible. « Charles VII, » dit Robertson dans son Introduction à l'Histoire de Charles- Quint, (( en établissant la première armée sur )) pied qu'on eût connue en Europe, prépara » une révolution importante dans les affaires
(i) Le pape a une autorité ordinaire pour les temps ordinaires, une autorité extraordinaire pour les temps extraordinaires, et la doctrine des partisans outrés des maximes italiennes consiste à lui attribuer une autorité extraordinaire pour les temps ordinaires, c'est-à-dire, une autorité inutile, et dont l'Église n'a pas actuellement besoin ; de même que les partisans fougueux des maximes gallicanes laissent à peine au pape une autorité ordinaire même pour les temps extraordinaires.