‹ ŒuvresChapitre 108 sur 186 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

» et la politique des peuples divers. Il ôta aux » nobles la direction de la force militaire de » l'État. ))

Je n'ai pas besoin d'avertir que je ne parle ici que des corps en général , et non du particulier. Les troupes soldées ont produit de grands capitaines, et les religieux mendians des hommes distingués par leur science et leurs vertus. Les pieux fondateurs de ces ordres convenoient même par leur simplicité aux siècles où ils parurent, et, comme l'observe Machiavel, l'exemple de leurs vertus ranima la dévotion et la foi languissantes. Ils étendirent l'Eglise par des missions, et les troupes soldées ont agrandi l'Etat par des conquêtes. Mais ces institutions, trop dépendantes du peuple qui donne et du peuple qui paie, ne sont pas assez liées à la constitution d'une société, où tout doit reposer sur la base immuable de la propriété foncière; et c'est toui ce que-j'examine Ici. Aussi depuis longtemps des symptômes non équivoques indiquoient un principe de maladie dans cette partie du corps social. IL sVioit élevé même dans l'Eglise des plaintes contre l'excesaiTc multiplication des ordres religieux, et plus

récemment des écrivains politiques avoieni fait sentir le danger de l'accroissement démesuré des troupes soldées : danger extrême, toujours imminent dans les Etats idolâtres , mahométans et philosophiques, et dont quelques autres Etats ne sont préservés que par la force de la religion chrétienne, et les principes de fidélité dont elle fait un devoir. Les ordres religieux non propriétaires ont rendu de grands services à la chrétienté, en arrêtant dans quelques contrées les progrès du luthéranisme; mais aujourd'hui qu'un ennemi plus dangereux, la philosophie moderne, attaque les principes conservateurs des sociétés , il faut à l'Europe une milice plus régulière et des défenseurs mieux armés. Certains ordres religieux subiront donc une réforme, soit que la force des choses l'amène peu à peu et sans désordre à mesure du besoin , et en remplaçant des étais vieillis par des appuis nouveaux, soit que l'homme, rival imprudent de la nature, dans son opération violente, intempestive, détruise avec fracas, et servant, sans le vouloir, les desseins des impies, et peut-être les projeta de voisins ambitieux, ébranle» la foi des peuples, altère Leur fidélité; leur rende les abus plus chefs, et le bien même odieux. Les gou-

Page 1