CHAPITRE V. ,S
l'Europe de la barbarie ottomane, furent, comme je l'ai déjà observé , une nouvelle cause d'affoiblissement pour l'ordre chargé des fonctions politiques. Les nobles croisés vendirent leurs fiefs. D'autres nobles, des ecclésiastiques, les rois eux-mêmes les achetèrent, les confisquèrent, les usurpèrent quelquefois pendant l'absence des propriétaires , ou en héritèrent par leur mort. L'ordre ne perdoit qu'un de ses membres, lorsqu'un noble réunissent à son fief celui d'une autre famille ; mais il perdoit de plus , et sans retour, une partie de sa dotation, lorsqu'un fief alloit accroître les propriétés de l'ordre du clergé ou le domaine royal.
Les rois, irrites de l'esprit indocile et remuant des nobles puissans. quelquefois jaloux de leurs services j virent avec trop d'indifférence l'appauvrissement d'un ordre qu'il falloil constituer, mais qu'il ne falloit pas détruire. puisqu'il étoit faction réglée et ordonnée du pouvoir sur les sujets, et que sans lui il n'eût alors existé enTranee, eoinine rite/, les peu
pies d Orient, qu'un despote et des nclai
Soin eut même la cour accrut les inégalités de fortune entre les familles par des profusions
indiscrètes : nouvelle source de désordres; car il faut observer que l'Etat penche vers l'aristocratie nobiliaire partout où quelques nobles ont d'immenses propriétés territoriales, comme en Pologne, en Hongrie, en Russie, etc. , et que là où le sujet a d'immenses richesses en capitaux, l'Etat penche vers l'aristocratie populaire ou la démocratie, comme en Hollande, en Angleterre. Et l'on doit remarquer ici que la noblesse française, la moins opulente de l'Europe , étoit celle qui avoit le mieux retenu l'esprit de sa profession.
La force militaire, sous Charles Vil, avoit passé au peuple armé , ou aux troupes soldées. La force judiciaire, sous François Ier, passa au peuple lettré , par la vénalité des offices de judicature, et par les innovations que la diminution de l'ordre et l'appauvrissement des familles rendirent peut-être inévitables. A cette époque, le devoir (ojficium) de juger et de combattre > imposé à la possession des fiefs, devint la propriété du capitaliste, ou l'engagement du prolétaire. Nous verrons cependant ([lie la nature, qui rétablit d'un côté quand l'homme détruit de l'autre, tendoit à rattacher les devoirs publics à la propriété