CHAPITRE VI. m
le ^oût de la retraite, l'habitude de mœurs simples, de désirs bornés, d'une vie sobre et laborieuse; le £OÛt du plaisir, l'orgueil du bel esprit, la curiosité, toutes les passions poussent et entassent les hommes dans les villes, en leur inspirant la démangeaison de jouir, de savoir et de parler. Les nobles acquirent de l'urbanité (1) aux dépens de la franchise et du bon sens. Un peuple de citadins remplaça en France une nation agricole. Les arts y gagnèrent y mais la famille, l'Etat, la religion, la société enfin y perdit.
En même temps que de nouvelles lois remplaçoient les lois antiques de la monarchie française, de nouvelles mœurs remplaçoient • es mœurs anciennes de la famille. Chose remarquable! Charles VU et François 1 '', du rè gn<j desquels date communément la révolution politique dont nous avons parlé, lirenl aussi
(1) Urbanité, do urbêj signifie une qualité qu'on prend • la ville. Astuce, de astu. ville , en grec, signifie la même chose : effectivement l'urbanité et Pasttfce ne sont pas incompatibles, el leur combinaison forme I intrigue. Les Romains, qui tous étaient dans une sillc , faisoient grand bruit de cette urbanité,
9f)(i TRAITE 1)1 MINISTERE PUBLIC,
une révolution domestique, et ils furent les premiers rois de la troisième race qui entretinrent publiquement une maîtresse du vivant de la légitime épouse : exemple funeste , trop fidèlement imité depuis, et qui a eu une si grande influence sur nos malheurs. Le désordre , depuis cette époque , a toujours été croissant; les mœurs se sont dépravées en même temps et à mesure que les lois se sont altérées : et sans doute l'explosion s'est faite , et la révolution générale a éclaté, lorsque la dépravation des mœurs a été aussi loin que l'altération des lois; moment terrible où la nature donne le signal des révolutions, et que l'homme ne connoit que lorsqu'il ne peut plus le prévenir.
La cour avoit été galante sous Anne de Bretagne ; elle fut dissolue sous la Médicis. Cette reine, de famille marchande , et d'un pays démocratique, porta en France le goût de l'argent, des plaisirs et de l'intrigue, inconnus jusqu'alors à la loyauté et à la simplicité françaises. Elle lit révolution dans l'esprit religieux de la France , parce qu'uniquement occupée à maintenir son autorité foible et précaire, elle étoit au fond assez indifférente à ce qu'on priât