CHAPITRE Ml 3o
anciens ducs ou comtes, et dont ils étoient les lieutenans , ienoient encore aujourd'hui lieu de ces officiers, puisqu'ils étoient même aujourd'hui de tous les magistrats les seuls qui fussent distingués des autres officiers civils ou militaires , dans la circonstance où tous les ordres de l'Etat jouissoient de la plénitude de leur existence politique, je veux dire aux étatsgénéraux , dont les sénéchaux et les baillis en présidoient par eux-mêmes ou leurs lieutenans-généraux les assemblées élémentaires. Ils y présidoient même les ducs et pairs actuels, qui n'y étoient que de simples seigneurs de fiefs, et même en cette qualité les princes du sang qui y ont assisté. Même avant la révolution, dans la marche ordinaire de L'administration, la justice se rendoit, dans les fiefs, au nom du seigneur; dans la province, au nom du sénéchal ou du bailli ; dans le royaume, au nom du roi. Il n'y avoil rien de changé à cet égard : mais telle étoit la dégénération des vrais et anciens principes, que l'office de
néclial, le seul qui tut reconnu par la eoeslitution, étoil tombé en désuétude, et qu'il doit à peine connu de cette opinion prétendue publique qu'une administration inatleutive avoit laisse germer dans la nation.
3o8 TRAITE DU MINISTERE PUBLIC,
J'ai dit que les magistrats, chefs du jugement et du combat dans les différens ressorts des provinces , étoient dans l'origine les pairs du roi, chef de la justice et de la force dans L'Etat ; et ce qui le prouve , c'est , i° que postérieurement, et lorsque les magistrats eurent rendu leurs commissions héréditaires , et qu'ils en eurent fait de grands fiefs, ils continuèrent sous leur nouvelle forme d'être les pairs du roi, à l'exclusion même des princes ou seigneurs du sang qui n'étoient pas feudataires : et même on vit des femmes héritières de grands fiefs, assister en jugement le roi comme ses pairs; 2° que les baillis , ou chefs de la noblesse dans les provinces, étoient à cet ordre précisément ce que les évêques étoient à l'ordre du clergé , et que le roi n'avoit , même aujourd'hui, de pairs ecclésiastiques que parmi les évêques : raison d'analogie qui est extrêmement forte quand on traite des antiques usages de la monarchie française , où l'on voit dans toutes les assemblées politiques siéger à la fois les grands ou officiers du clergé, et les grands ou officiers de la noblesse, ce Les plus anciens auteurs, » dît M. de La Curne-Sainte-Palaye, (( semblent
vouloir mettre la chevalerie au niveau de la o prëlature. »Ce sont ces derniers pairs, grands