CHAPITRE VU 3og
feudataires , qui, de nos jours, à la cérémonie du sacre de nos rois, et à celle de leurs obsèques, étoient représentés par les princes du sang, sous les titres de ducs de Bourgogne, de Normandie (1), d'Aquitaine, de comte de Flandre, etc.
Ainsi , et c'est la conclusion à laquelle je voulois en venir, tout concourt à établir que dans les premiers temps il n'y avoil que des fonctions publiques, et point de titres purement personnels ; et la raison dit en effet que, si
(i)La fameuse table ronde des douze pairs de Chartemagne, sur laquelle on a fait tant de romans, ne désignoit donc qu'un conseil d'État où le roi présidoit ses premiers officiers. Une des grandes erreurs de nos historiens est de s'être obstinés à ne voir que des guerriers là où il falloit surtout voir des magistrats, et tontes ces disputes sur la pairie, inépuisable aliment de tant d'ennuyeuses dissertations, viennent de ce qu'on n'a pas songé que les pairs naturels du grand juge et du grand guerrier de la nation ne pouvoienl être dans L'origine que les premiers juges et les premiers guerriers, et que le corps dos ministres du pouvoir, dans les premiers des comme dans Les inférieurs. mtvoM à la fois .'» I» justice et ;» la force. .Note/., du Pèmteir Wyi*lattf4 Chartimogm
3io TRAITE m FINISTERE PUBLIC,
les titres amusent l'amour-propre de l'homme , les fonctions seules importent au maintien de la société.
Mais aussitôt que des jugeurs et des soldats eurent pris en France la place des magistrats et des guerriers , et que les rois eurent mis les institutions vénales et soldées du pouvoir arbitraire à la place des établissemens propriétaires et fixes du pouvoir absolu , l'ordre perdit de son existence politique , et alors l'individu chercha à relever sa considération personnelle par des titres de duc, de marquis, de comte, etc. (i), qui rappeloient des fonctions qu'ils n'a voient plus, ou l'usurpation de ces petites souverainetés , formées en France des débris de l'autorité royale, et qui, loin d'être, comme on l'a dit, Va féodalité oui la fidélité, en
(i) Le titre de baron étoit anciennement collectif plutôt qu'individuel. On appeloit la re'union des premiers magistrats formant la table ?'onde , ou le conseil du roi, // barons j U baronnage. Baron et baronnie sont, dans l'acception que nous leur donnons, d'institution plus récente. Baron est un mot celtique devenu grec, qui signifie grave j fort j c'est-à-dire ce que doit être un homme public. Baromètre en vient, et en allemand bar signifie pesant.