‹ ŒuvresChapitre 129 sur 186 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

n'ont rapport à aucune fonction, et altèrent ainsi l'égalité native des hommes sans un motif assez social. A mesure que le goût de ces symboles extérieurs de la laveur et du crédit gajmoit, le mépris pour les costumes propres aux fonctions publiques s'introduisoit; cbacun vouloit être décoré d'un cordon, et il étoit indécent de porter, hors du service, son habit militaire. Enfin le gouvernement s'étoit, à cet égard, écarté de la constitution à tel point, que le roi pouvoit faire même un duc et un chevalier de ses ordres, d'un individu sans propriété dans le sol, et que d'un autre côté il pouvoit titrer ta propriété, sans même ennoblir la personne.

L'abus des titres purement honorifiques fut porté à l'excès dans toute l'Europe, par fin discrète multiplication des chevaleries de cour. dont la plus récente fa i soit toujours passer de mode celle qui l'avoit précédée; et l'histoire de ces institutions ne présente ([ne dt's décorations honorables à leur naissance , et dont cent ans après un noble se seroil cru déshonore.

Bientôt les titres ci les cordons ne suffirent plus à la fureur universelle des distinctions

Dans les temps anciens, les membres de l'or-

iiS TRAITE JH MINISTERE PUBLIC,

dre politiques mangcoient avec le roi, et ils étoient appelés conviva régis, parce que l'hospitalité de la table a été chez tous les peuples naissans , et clans toutes les religions , un symbole sacré d'union commune , ou de communion. Dans ce siècle fertile en inventions, on imagina, pour se distinguer, démonter dans un des carrosses du roi, mais sans le roi; et cet honneur, extrêmement multiplié de nos jours , fut attaché à une date fixe d'ancienneté.

Ces institutions , toutes en dehors de la constitution française et de la nature des sociétés , n'étoient pas reconnues dans la convocation générale de tous les ordres de l'Etat. Là régnoit l'égalité du vote entre les ordres , et dans chaque ordre l'égalité du vote entre les membres qui le composent : véritable égalité constitutionnelle et légale , compatible avec les inégalités natives entre les individus, et avec les distinctions sociales dans les grades. Là, le noble le plus récemment agrégé à l'ordre siégeoit à coté du chef de la plus ancienne famille , et s'y montroit plus noble que lui , s'il s'y montroit plus /'('al. Là , toute distinction de cour et d'armée, même celle de duc et pair, étoit éclipsée par la qualité de simple noble.

Page 1