CHAPITRE X
Sans doute, il ne sera pas possible de réunir constamment les prêtres de toutes les campagnes par maisons communes ; mais il y auroit peut-être possibilité et utilité extrême qu'ils fussent affiliés à un établissement commun, dont le curé principal seroit le supérieur, et où les vicaires desservant les succursales pourroient aller de temps en temps reprendre l'esprit de leur état , que dissipe la vie privée , et rompre ainsi les habitudes quelquefois déplacées qu'y contracte l'homme isolé.
Ce seroit un grand mal que les églises fussent trop rares , et trop éloignées du plus grand nombre des fidèles. Si les devoirs journaliers ne peuvent pas s'accomplir sans quelque peine. du moins ils doivent être sans danger, et il y en auroit pour les hommes et les propriétés dans les lieux écartés, si la famille, avec le mauvais temps et les chemins difficiles, étoit obligée d'aller chercher l'église trop loin de ses loyers.
Mais ce seroit un autre abus, et plus -rave qu'on ne pense, de diviser ce qui peut être réuni, el de inellre deu\ paroisses là où une seule peut suffire raisonnablement. L înstrur-
343 TRAITÉ 1)1 FINISTERE PUBLIC,
tion plus commode l'ait moins de bien que l'union plus assurée. Il faut bien se garder, dans des vues de commodité personnelle, de mettre, pour ainsi dire, sous la main de chacun, la religion qui appartient à tous en général, et de rendre populaire ce qui doit être public. Le culte, dans les oratoires privés, nourrit la piété de quelques âmes ferventes, mais il introduit à la longue autant de disciplines particulières qu'il y a de lieux et de ministres; il affaiblit, par sa familiarité même,, le respect pour la religion dans le cœur des peuples; ils finissent par penser que le culte et ses ministres sont faits uniquement pour l'usage de l'homme , au lieu de penser que l'homme est fait pour rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Je serai entendu par ceux qui connoissent les hommes, et qui les ont gouvernés. S'il n'y a voit dans un village qu'une seule fontaine où tous les habitans pussent aller puiser de l'eau, même avec quelque incommodité , ce seroit se priver d'un moyen continuellement agissant de rapprochement entre les individus, et de liaison entre les familles, que de la détruire pour en diviser les eaux dans chaque maison.
Ce changement dans l'ordre des choses ac-