PROMOTION DES FAMILLES AU MINISTÈRE POLITIQUE
Il est nécessaire, avant d'aller plus avant, de considérer la manière dont l'ordre chargé du ministère politique se recrutoit, à mesure que les familles qui le composoient venoient à s'éteindre.
Il faut d'abord reconnoître qu'il y a dans toute société des hommes qui jugent et qui combattent, ministres ou serviteurs de la société, fonctionnaires publics, nobles du nota~ blés, c'est-à-dire distingués de ceux qui n'exercent pas les mêmes fonctions.
Chez les sauvages, les vieillards qui jugent
et les jeunes bomines qui combattent , exercent une fonction distinguée; ils son! les nobles de ces sociétés naissantes, \ussi , chez ces peuples enfans, fhoinme qui ne peut plus combattre
se regarde comme dégradé, et même dans quel
ques peuplades sauvages, on tue Les vieillards
parvenus à l extrême caducité , et devenus in-
habiles à toute fonction. Mais dans cet état de société , s'il y a des ministres ou serviteurs , il n'y a pas de ministère permanent ou de corps public , parce que les familles , n'étant ellesmêmes réunies que momentanément pour combattre les hommes ou les animaux , ne forment pas habituellement de société publique ou de corps de nation, et que les ministres y sont passagers comme le pouvoir.
Mais à mesure que les familles se multiplient et se rapprochent , les passions fermentent davantage par le contact plus fréquent et plus intime des individus, et le besoin de frein, que l'homme ne trouve que dans le pouvoir, se fait plus sentir. Alors il est nécessaire que la société se constitue en état public, c'est-à-dire que le pouvoir et ses ministres soient perpétuellement en action , et par conséquent perpétuellement distingués de ceux qui n'exercent pas la môme fonction. On peut appliquer ici, avec une parfaite justesse, le grand principe d'Adam Smith dans son ouvrage de la Richesse des nations, et qui, au reste, étoit connu du dernier des cultivateurs , le principe de la division du travail. Ainsi dans l'Etat, il faut des hommes qui se destinent exclusivement à la