CHAPITRE XI
transmet par voie d'hérédité, et qu'il forme caractère dans les familles, ces familles soumises aux mêmes devoirs , et quelquefois à des lois ou des coutumes spéciales, forment un corps qui s'appeloit en France ordre , c'est-àdire ensemble d'hommes ordonnes pour une fin particulière. Cette institution , dont il n'est pas question ici d'examiner les inconvéniens ou les avantages, existoit et existe encore dans une grande partie de l'Europe civilisée ; mais partout elle étoit décime de sa constitution naturelle, et avoit perdu dans l'opinion, depuis les innovations qui, au seizième siècle, avoient aboli le ministère religieux ou le caractère du sacerdoce : tant est intime l'union des deux sociétés politique et religieuse, et tant leur fortune est semblable (1) !
Ces familles vouées au ministère politique s'étcignoient comme les autres, et même plus que les autres, par la nature même de leurs
(i) On peut dire : Plus de Dieu, plus de pouvoirs des nations; plus de ministère religieux, plus de ministère politique; plus de Gdèles, plus de sujets, <-f l'Europe né peut j».is cesser d*être chrétienne suis cesser* d'être un corps politique.
36o TRAITÉ DL MINISTÈRE PUBLIC,
fonctions. 11 falloit les remplacer. Deux voies se présentoient, le choix arbitraire du prince, ou l'industrie de la famille. Toutes les deux furent en usage en France, et même dès les premiers temps. Louis -le -Hutin, le premier, ennoblit Raoul, en le faisant, comme on disoit, argentier du roi. Jusque-là, la possession du fief avoit déterminé ou marqué la nobilité de la personne. Les nobles , ruinés par des guerres fréquentes ou par le luxe, toujours excessif dans les temps malheureux , et cause lui-même du malheur des temps , vouloient avoir la faculté de vendre leurs fiefs aux autres citoyens ; mais peut-être que, par une inconséquence remarquable , ils n'auroient pas voulu leur transmettre la nobilité personnelle. Le fisc profitoit de cette disposition, et soumettoit au francfief (1) les nouveaux acquéreurs. Les nobles, alors nombreux, ne sentoient pas assez qu'il étoit de toute nécessité politique que l'ordre du ministère public eût un moyen régulier, ordinaire et continu de se recruter ; que le choix arbitraire du prince ne pouvoit être qu'un moyen extraordinaire , dès-lors insuffi-
(i) C'étoit une taxe que payoit un citoyen non noble pour acquérir ou posse'der un fief.