‹ ŒuvresChapitre 153 sur 186 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sant, et que la possession du fief étoit au fond le plus naturel. Aussi la nécessité des choses, plus forte que les volontés humaines, recrutoit la nohlesse avec les possesseurs de fiefs, égaux devant la loi aux nobles les plus anciens , inégaux dans l'opinion qui accorde aux vieillards une plus grande considération. Lorsque le fief cessa d'ennoblir, l'homme s'ennoblit par l'acquisition d'une charge : moyen moins utile politiquement que l'acquisition du fief, mais qui offroit une meilleure garantie personnelle , parce que l'homme qui demandoit à être admis dans un corps respectable de magistrature étoit soumis , au moins pour la forme , à un examen qui n'appeloit pas les talens (parce que les talens, sans lesquels une société ne sauroit se former, ne sont pas également néces saires à une société toute formée); mais qui excluoit les vices connus, et les irrégularités publiques de conduite.

J'ai dit qu'on ne pouvoir pas faire du choix arbitraire de la part du chef un moyen régu lier de promotion des familles au ministère politique, parce que l'élévation des familles qui, hors les temps el les hommes extraordi paires, doit être lente et successive, eomue

toutes les opérations de la nature, n'a alors d'autre règle que des caprices , d'autre motif que la faveur, souvent d'autre durée que celle de l'homme , semblable à ces plantes qui fleurissent au matin, et que le soir voit sécher. Ces métamorphoses subites , qui font passer un homme des derniers rangs de la société aux premiers emplois , et par la seule volonté du chef, forment le caractère spécial du despotisme d'un ou de tous. Ainsi en Turquie, la volonté suprême du sultan fait un ministre d'Etat d'un jardinier, et dans la France de q3, la volonté suprême du peuple , d'un maître à danser faisoit un législateur : principe assuré de corruption et de désordre, qui allume toutes les passions , et ne laisse dormir aucun talent; qui déplace tous les hommes et réalise toutes les chimères, et qui, dans l'homme comme dans la société, met une agitation dévorante que suivent l'abattement et la langueur, à la place du mouvement régulier, principe de la vie de l'homme et de la force de la société.

C'est pour cette raison que, dans les gouvernemens réguliers et bien constitués, le pouvoir s'interdit à lui-même la facilité de placer et de déplacer les hommes, sans règle et sans

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