CHAPITRE XV. 4n
une barrière insurmontable à leurs progrès dans la nombreuse cavalerie des Par thés. Cette vérité historique acquiert un nouveau degré de certitude, lorsqu'on l'applique à une nation qui , comme la France actuelle , placée dans des limites naturelles , a fini son accroissement continental, et ne peut s'occuper, au moins pour elle, que de défensive. C'est pour cette raison que J.-J. Rousseau conseille à la Pologne d'entretenir une cavalerie nombreuse, si elle veut empêcher l'envahissement de son territoire par les armées russes. Notre langue offre, dans ses nombreuses locutions, la preuve de la considération dont le service de la cavalerie jouissoit autrefois en France, et même de nos jours, la propriété des compagnies de cavalerie, supprimée il y a trente ou quarante ans, conservoit quelque chose de l'ancien usage où étûit le ministère politique daller au combat avec les hommes de ses terres. Qn peut même assurer que le seul moyen d'avoir en France beaucoup de chevaux, et de beaux chevaux, première richesse [nobiliaire d'une nation militaire, comme les l)estiau\ sont la première richesse mohiliaire (fune nation ttgl i cole, est la résidence des propriétaires sur leurs terres., et leur service à cheval, aujour-
4i2 TRAITE DU MINISTERE PUBLIC,
d'hui surtout qu'on a mis à cheval jusqu'à l'artillerie (1).
Ces institutions s'accommodent à tous les temps comme à tous les lieux, parce qu'elles sont naturelles. Cette pospolite (on appelle ainsi en Pologne la cavalerie propriétaire) n'étoit que brave dans un temps, elle seroit disciplinée dans un autre. On obtient tout des hommes, lorsqu'au lieu de leur répéter sans cesse que la loi doit plier sa force à leur foiblesse, on leur dit que leur foiblesse doit être soutenue par la force de la loi , et leurs dérèglemens redressés par sa rectitude; lorsqu'au lieu de leur parler sans cesse de plaisirs et de jouissances qui font aimer la vie, on ne les entretient que de devoirs et de sacrifices qui la font supporter; lorsqu'on leur dit enfin que la perfection étant la vraie nature de l'homme, et ses penchans sa nature corrompue, les lois les plus contraires à ses penchans sont les plus naturelles à sa raison.
(i) Les Anglais riches habitent beaucoup la campagne, et servent dans leur milice à cheval; aussi les chevaux sont-ils extrêmement multiplie's en Angleterre.