‹ ŒuvresChapitre 27 sur 186 · LITRE II, CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

LITRE II, CHAPITRE IT

gesse, fille de sa pensée, et sortie toute armée dp son cerveau; cette Minerve, raison et force tout à la fois, offrent des emblèmes assez justes de quelques dogmes de la religion chrétienne : mais ce D. opt. max. ne se trouvoit que sur le frontispice de leurs temples; les dieux réels, les dieux de la société, les dieux proposés à l'imitation de l'homme, en un mot, les dieux faits chair, pour rendre toute ma pensée, étoient des brigands, des prostituées, des hommes de mauvaise compagnie ou des femmes de mauvaise vie. Det vitam, det opes, animmn œquum mî ipse parabo, dit Horace; que Jupiter me donne la santé et les richesses , je me charge tout seul d'acquérir la vertu. Le christianisme dit tout le contraire : « Cherchez la vertu , et le reste » vous sera donné par surcroît, » d'abord parce que la vertu est la substance, le nécessaire de l'homme, et que le reste n'est qu'accident et surcroît; ensuite parce que la vertu de la tempérance, par une suite des lois naturelles, donne la sauté, et la vertu du travail la propriété. Leur verlu n'étoit qu'une froide égalité d'aine, comme celle de nos modernes sophistes, anitnus mçuuê$ elle consistait en retrauchemehs et non en actions, et ils craignoient beaucoup plus de s'incommoder eux-mêmes que

<!<' nuire aux autres. Ces philosophes impassibles,

qui déclament contre la colère qui leur échaufl'oit

le sang, Étiolent, pour se le rafraîchir, voir couler

g* LEGISLATION PRIMITIVE,

celui des gladiateurs, ou défendoient à leurs enfans de vivre, lorsqu'ils eu craignoient le nombre pour leur repos ou leur aisance. Ce qu'il y a d'extraordinaire , est que ces mêmes hommes, qui rejetoieut le secours des dieux pour obtenir la vertu, les faisoient auteurs de leurs vices, et ne présentoient sur la scène que des malheureux conduits aux plus grands forfaits par une invincible nécessité : dogme affreux, qu'on voit reparoître sous des formes plus ou moins adoucies dans toutes les fausses doctrines. Les mœurs étoient dignes de pareilles croyances, et les mœurs des Grecs dans tous les temps, et des Romains dans leurs derniers temps, passent en abomination tout ce qu'il est possible d'imaginer.

Les païens ne connoissoient pas la société : ni la société religieuse, dont les dogmes n'étoient qu'absurdités, et le culte qu'horreur, licence ou sottise; ni la société politique, où Ton ne voyoit que lois des pères contre les enfans, des maris contre les femmes, des maîtres contre les esclaves, des citoyens contre les citoyens , lutte éternelle du peuple contre les grands, arène sanglante où toutes les passions se disputoient tous les pouvoirs.

Enfin ils ue connoissoient pas même la nature physique qu'ils peuploient d'une iniinité de dieux chèvres, serpens, poissons, pierres, plantes, fleuves, etc.: populace de divinités qu'il a fallu chasser de la nature, pour pouvoir étudier la divinité

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