LIVRE II, CHAPITRE I
(//,) La religion chrétienne, loi de grâce et de liberté, développe d'une manière moins servile l'obligation du repos hebdomadaire. Elle défend de travailler pour soi , ou le travail domestique ; mais elle ordonne ou permet l'action pour le général ou le service public (car l'homme travaille pour la famille et agit pour l'État), dans les fonctions religieuses, et même, s'il le faut, dans les fonctions politiques de juger et de combattre. Cependant elle permet tout travail domestique nécessaire à la subsistance de l'homme , et quelquefois même à la conservation de ses biens. La religion juive l'aisnil vaquer les mains, la religion chrétienne veut occi: per le. cœur. Les Juifs, retombés dans la servitude religieuse et politique, ont ajouté !<■ ridicule rfeo lisme dei observances pharisaïques à la rigueur de la loi; mais nos administrations soi - disant ehrélinines s'en «'carient trop souvent sans nécessité. ïl vaut mieux, disent quelques hommes peu éclai vés, que riionmie travaille que de sVnh rer, à peu près comme on dit en Angleterre, pour excusci L'imperfection des lois contre le vol, qu'il vaul mieux que Ton vole que d'assassiner. L'adminislralion n'existe que pour empêcher tous les désonli et les plus grands et ceux qui le sont moins. Ou ne s'enivre pas en Kspagne , cl après tout, s'il faut choisir, un peuple d'ivrognes vaut mieux qu'un H. 9
i8 LEGISLATION PRIMITIVE,
peuple d'athées. Des administrations foibles, inhabiles à gouverner les hommes, veulent les distraire, et ne font que les corrompre.
(i) L'existence d'une loi primitive, donnée par Dieu même, n'a pas été inconnue aux philosophes même païens. Les familles, en se séparant, avoient emporté leur part de l'héritage paternel, dont elles ont retenu quelque chose dans l'état de peuple. « Il est , » dit Cicéron dans ce beau passage que Lactance nous a conservé du Traité sur les lois, « il est une loi véritable qui est le rapport vrai des » êtres , loi conforme à la nature , partout répan- » due et partout la même, éternelle, immuable, » qui nous porte au bien par ses injonctions , qui
» nous détourne du mai par ses prohibitions
» Il n'est permis ni de la changer pour une meil- » leure, ni de l'abroger en entier, ni même d'y » déroger en la moindre chose... Ni le sénat ni le » peuple n'ont le pouvoir de nous délier des obli- » gâtions qu'elle nous impose... L'auteur, le pro- » mulgateur, l'interprète de cette loi est Dieu » même , maître universel et souverain du genre » humain. »
Est quidem vera lex , ratio recta, naturœ congruens , diffusa in omîtes, constant, tempiterna , quœ vocet ad ojficiurn jubendo, vctando à fraude