DISCOURS [PRONONCÉ, LE 6 MAI 1882, AUX FÊTES D'AUBENAS
A l’occasion du Concours régional agricole, du 30 avril au 8 mai 1882, la, ville d’Aubenas donna une grande fête en l'honneur de la sériciculture, de son pra) promoteur au xvi° siècle, Olivier de Serres, et de son sauveur ct au xIx° siècle, M. Pasteur. TE
À la séance solennelle tenue, le G mai, sur la place du Château, M. Barral présente l’exposé des travaux et des découvertes de M. Pasteur ; puis M. Aurenche lui offre, au nom de la ville d’Aubenas, une coupe ornée d attri= buts empruntés à la sériciculture, et M. Cuchet, les médailles en or, en argent et en bronze, frappées à son effigie; enfin, M. Pasteur prononce le
discours suivant :
Messieurs,
La réception qui m'est faite par la ville d’Aubenas mettrait à une
rude épreuve toutes les modesties du monde. Je veux que la mienne. D:
s'attache à découvrir, au milieu de tout cet appareil de fête et à travers tous ces éloges, les vrais sentiments qui vous font agir.
Il y a quelques jours, je remerciais l'Académie française de m'avoir admis au nombre de ses membres. J’ai le devoir, disais-je, de reporter à la science elle-même l’honneur, en quelque sorte impersonnel, dont j'ai été comblé. Permettez-moi d'exprimer ici la même pensée. |
Je serais confus des témoignages de votre reconnaissance, si je ne voyais dans ces démonstrations, que vous élevez jusqu’à l’enthou- siasme, l’occasion d’un éclatant hommage rendu à la science et à la : patrie françaises. Ce sont elles que vous fêtez. Je ne suis pas l’objet, je suis le prétexte. Je vous comprends et mon cœur est avec vous.
La science a été la passion maîtresse de ma vie. Je n’ai vécu que pour elle et dans les heures difficiles, inséparables des longs efforts, la ‘ pensée de la patrie relevait mon courage. J’associais sa grandeur à la
grandeur de la science.