‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 120 sur 180 · partie de cet auditoire le sort du palais de la Belle au bois dormant · texte numérisé non relu

partie de cet auditoire le sort du palais de la Belle au bois dormant

Au lieu d'essayer de vous suivre péniblement dans les chemins où vous avez laissé des notions si précieuses, sur l’analyse, l’astronomie, le calcul des probabilités et la mécanique, il y a un moyen très simple de résumer d’un mot toute votre œuvre et de réunir tous les suffrages,” c’est de vous saluer comme un chef d'école. |

Peut-être, escorté d’un si grand nombre d'élèves, aviez-vous encore de glorieuses étapes à parcourir quand vous vous êtes brusquement jeté, avec votre intrépidité souriante, dans des œuvres demi-scientifiques et demi-littéraires. Pendant plus ‘de vingt ans vous avez, d’une main prodigue, semé dans les revues et dans les journaux des articles de toutes sortes. Vous ne cessiez, dit-on, de penser tout bas à l’Académie française et, à travers cet éparpillement apparent de vos forces, de vous exercer au discours que nous venons d’entendre. De cet ensemble d'essais et de notices vous avez dégagé deux livres: l'Histoire de l’Académie des sciences de 1666 & 1793 et les Fondateurs de l’Astronomie moderne. Dans cette entreprise délicate où vous étiez tenu d’être presque aussi ingénieux que Fontenelle et plus affirmatif que lui, vous avez montré avec un rare talent l’immense variété de vos études. On retrouve dans ces pages la netteté et l'éclat de vos leçons. Par un tour de force dont je connais peu d’exemples, vous avez su rendre la science accessible à tous sans l’abaisser. Vous avez eu ainsi la double fortune de rester un savant pour vos confrères de l’Académie des sciences, tout en devenant un lettré aux yeux des membres de l’Académie française.

Depuis la mort de M. Dumas, tout vous désignait donc, Monsieur, pour lui succéder. Comme lui, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences et vous rapprochant de lui par le don des vues élevées, vous méritiez de recevoir le privilège d’une hospitalité que l’Académie française, fidèle à ses anciens principes, a toujours accordée à deux ou trois hommes de science. Nous sommes ici par faveur de tradition au milieu de tous ceux qui y sont par droit de conquête.

Que vous avez raison, Monsieur, de compter déjà dans votre pensée tout le plaisir que vous donnera la série de vos combinaisons pour varier, en les alternant, un voisinage académique! Vous vous plairez infiniment dans cette rencontre conciliante de toutes les opinions et de tous les genres de talent. Au milieu de ces contrastes qui sont le

charme et la force de l’Académie, vous apprécierez l’éloquence sous tous ses aspects, la poésie sous sa forme tour à tour la plus élevée et la plus attendrie, l’art dramatique depuis son analyse la plus pénétrante squ'à son rire le plus gai, la critique ne se bornant plus, comme atrefois, à être un cours d’admiration ou un réquisitoire, mais devenue e science investigatrice. Quand on est resté longtemps enfermé nme vous et moi, Monsieur, dans des études spéciales, des études ut fixe, et que l’on y passe encore une partie de sa vie, la brusque nsition de l'atmosphère du laboratoire à l’atmosphère de l’Académie se une impression singulière. C’est comme si, après un long travail recherches dans une mine où l’on a marché à tâtons, on se trouvait né en pleine lumière à un rond-point de verdure, au milieu de indes avenues. En dépit de critiques dont l’Académie a le droit de rire en songeant que, du temps de Bossuet, de La Fontaine et de La sas on l’accusait déjà de n’être plus dans le mouvement littéraire, s les qualités de notre race aboutissent à l’Académie française, qualités qui s'étendent de l’enthousiasme le plus généreux à la sse la plus railleuse, en passant par la grâce et la mesure. Si les es éprouvent de temps en temps le désir de se rapprocher et de se trer des sciences, les délégués des sciences qui sont admis au des lettres comme des confrères in partibus sentent avec une on longtemps nouvelle le privilège de vivre dans l’intimité des supérieures que représente l’Académie française depuis près de trois siècles. Aussi, dans cette journée où, par une rencontre , l'Académie à nommé un savant pour recevoir un savant qui e à un savant, suis-je moins embarrassé de cette situation un e que fier de rappeler ce que fut ce titre de membre de l'Aca- française pour les Fontenelle, les Condorcet, les Cuvier, les as, les Biot et les Claude Bernard. Ils l’ont regardé comme le 1e honneur ou la plus délicate surprise de toute leur carrière. 1 de celui que vous regretlez lous, messieurs, en face de celui 1s recevez, en mon propre nom enfin, permettez-moi de vous veler les mêmes sentiments. Mais je m’exprime comme si j'étais e un récipiendaire. Que voulez-vous ? Je ne m’habitue pas à croire e puisse parler, fût-ce comme directeur d’un jour, au nom | de lémie française.

reviens à vous, Monsieur.

ns votre discours que vous avez, comment dirai-je? pailleté edotes et de citations, la figure de M. Dumas se dégage-t-elle rs dans sa grave sérénité ? M. Dumas ne vous est-il pas un peu u, comme vous le voyiez de la place que vous occupiez près de

lui, à l’Académie des sciences, de profil seulement ? Vous esquissez d’une touche si légère ces soixante-cinq années de travail ininterrompu que l’on oublierait presque, en vous entendant, ce que représentait d’eflorts cette vie pleine et glorieuse. Votre souplesse ne se joue-t-elle” pas avec trop de facilité autour d’une étude redoutable en ne nous” laissant qu’une impression de grâces un peu fuyantes ? “

Ce premier voyage de M. Dumas d'Alais à Genève, que vous racontez en quelques mots comme la première excursion d’un enfant de seize ans, m’apparaît et m'émeut comme la tentative courageuse, presque héroïque, d’un jeune homme pauvre attiré vers l'étude. II me sembie le voir, ce petit commis, au fond de cette boutique d’un phar macien d’Alais, rêvant, un formulaire à la main, de science lointaine; … comme un écolier rêve de voyages en lisant Robinson. Tout à coup, ses pensées méditatives sont troublées par le bruit de la rue : on est en 1816. La politique a tourné toutes les têtes et la religion, loin d’apaiser. les âmes, les a jetées dans la violence. On se bat dans Alais. Prop jeune pour être mêlé à de telles luttes, trop indépendant pour Sy intéresser, Jean-Baptiste Dumas, impatient de travail, déclare à ses parents qu’il veut quitter Alais et se rendre à Genève. Les parents effrayés essayent d’ébranler un tel projet. L'enfant tient bon. Par un changement de rôles attendrissant, c’est le fils qui démontre à son père et à sa mère l'utilité de ce départ. Le voilà sur la grande route, dou= blant les étapes pour arriver plus tôt vers ce foyer d’études, près de ces facultés de Genève où Candolle enseignait la botanique, où Pictet … enseignait la physique et Gaspard de La Rive, la chimie. Tout en s'inscrivant pour suivre leurs cours, M. Dumas obtient un emploi dans j une grande pharmacie. Il a un coin de laboratoire : il est pleinement heureux. Dans ce milieu si différent du milieu agité qu’il vient de fe quitter, il se sent des forces grandissantes. La physique, la chimie, la botanique, il aborde tout. Ses camarades parlent de lui avec enthou= siasme et lui demandent de leur faire, à ses moments perdus, des conférences scientifiques. Les professeurs regardent avec intérêt ce tra- À | vailleur qui, non content de suivre le vaste programme des leçons, se. jette en pleines recherches personnelles. Mémoire sur lPiode, études variées sur le sang, travaux sur la contraction musculaire et sur

l’hybridité des plantes, il publie tout coup sur coup. En cherchant sa

voie, il marque chacun de ses pas par la constatation de faits nouveaux qui tous sont restés dans la science.

Mais Paris maintenant lui apparaît comme Genève lui était apparue

à Alais. A Paris, la science était représentée par Laplace, Vaaqtalit È

Gay-Lussac, Alexandre Brongniart, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire,

ans.

Au nom de cette assemblée tout entière, cher et illustre maître, mettez-moi de saluer votre siècle de labeur et de gloire.

Mous avez bien compris, Monsieur, ce que pouvait être pour Dumas la vision lointaine de tous ces grands hommes. Bien que s accusiez de témérité le départ de ce simple étudiant qui signait core ses mémoires : Un élève en pharmacie, et qui, pour l'amour de s noms, allait se jeter ainsi en plein inconnu, on sent que vous. iez fait comme lui. Tous nous avons eu de ces entraînements et s ne nous les reprochons guère.

11 y a, en effet, dans la jeunesse de tout homme de science el sans > de tout homme de lettres, un jour inoubliable où il a connu à esprit et à plein cœur des émotions si généreuses, où il s’est i vivre avec un tel mélange de fierté et de reconnaissance que le de son existence en est éclairé à jamais. Ce jour-là, c’est le jour Slapproche des maîtres à qui il doit ses premiers enthousiasmes, Je nom n’a cessé de lui apparaître dans un rayonnement de gloire.

enfin ces allumeurs d’âmes, comme disait un de nos confrères, entendre, leur parler, leur vouer de près, à côté d’eux, le culte € t que nous leur avions si longtemps gardé dans le silence de jeunesse obscure, nous dire leur disciple et ne pas nous sentir dignes de l’être ! Ah! quel est donc le moment, messieurs, quelle e soit la fortune de notre carrière, qui vaille ce moment-là et qui laisse des émotions aussi profondes ?

ë Dumas en avait gardé lineffaçable souvenir. Pendant que > aimait à causer avec lui de hautes questions de physiologie, é d’Arago l’'introduisait comme répétiteur à l’École Polytechnique père le faisait nommer professeur à l’Athénée. Il se liait en temps avec des jeunes gens de son âge, le zoologiste Audouin, aniste Adolphe Brongniart, le physiologiste Milne Edwards; et € 1 des PA IA iratIqNS qu'il éprouvait et de celles qu’il se er

sœur ra son ami, kiolche Brongniart.

je ne craignais de noyer sous des détails les idées qui dans un > académique doivent nettement se dégager, je m’arrêterais à cette ‘1826. Ce fut une grande date dans la vie de M. Dumas. Jl a avé sa voie. La chimie sera désormais sa science, son domaine. ntôt les plus hauts problèmes lui deviennent familiers. Ses mémoires succèdent sans interruption et, comme si tout ce travail ne suffisait S à éteindre les ardeurs de cette âme active, il publie le premier

volume de la Chimie appliquée aux Arts, il fonde l’École centrale, il étudie la constitution des éthers, il découvre l’oxamide.

Vous qui avez eu, Monsieur, dans maintes circonstances le talent de rendre avec une telle clarté les idées scientifiques devant un public mondain que vous êtes arrivé, non pas à lui faire croire qu’il comprenait, mais à lui faire réellement comprendre des problèmes difficiles, n’avez-vous pas éprouvé un scrupule excessif, ou ne m’avez-vous pas fait un sacrifice trop délicat en ne développant pas l’œuvre capitale de M. Dumas en chimie, la théorie des substitutions ? Comme vous auriez bien mis en lumière ce moment où la chimie des corps organisés et de leurs principes venait de naître ! Elle se trouvait entraînée dans les conceptions de Lavoisier, conceptions fortifiées par les travaux de Berzelius et consacrées par les théories électriques. Le dualisme était partout, c’est-à-dire que partout les espèces chimiques, même les plus complexes, semblaient pouvoir se ramener à un antagonisme de deux substances simples ou elles-mêmes déjà composées. M. Dumas déclara qu'il était d’une opinion entièrement différente. Il envisageait les

espèces chimiques comme des édifices moléculaires dans lesquels on

pouvait remplacer un élément par un autre, sans que l'édifice fùt modifié dans sa structure, à peu près comme on pourrait substituer pierre à pierre aux assises d’un monument des assises nouvelles.

Comme devant toute idée neuve, les contradictions se précipitèrent. Berzelius, comprenant que le système dualistique était en péril, déclara qu’il était impossible qu’un élément électro-négatif comme le chlore pût prendre la place de l’hydrogène, élément électro-positif. Mais le jeune chimiste français, comme Berzelius appelait M. Dumas avec l'ironie un peu hautaine d’un vieux savant contredit, le jeune chimiste accumule les preuves. Il entraîne les convictions, il est suivi par les Laurent, les Regnault, les Malaguti, les Cahours, les Deville ; il termine enfin par cet admirable travail sur l'acide acétique chloré où tout l’hydrogène du radical acétique est remplacé par du chlore, atome par atome. Le nouveau composé chloré, comparé à l’acide acétique dont il dérive, offre les propriétés les plus voisines, de telle sorte qu'à l’idée de substitution d’un élément à un autre, vient s’adjoindre l'idée de parité dans les rôles chimiques des deux corps qui se remplacent, ainsi qu'Auguste Laurent l’avait pressenti et annoncé.

Une grande révolution était faite en chimie. Un mot de Liebig en indique la portée. À l'Exposition internationale de 1867, il y eut un grand banquet des présidents du jury. M. Dumas, qui était à la place d'honneur, questionna Liebig sur les motifs qui l’avaient éloigné de la chimie organique théorique pour s'occuper de chimie agricole. « J'ai

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