A PROPOS DE FALSIFICATIONS DES CIDRES ET DES BIÈRES
M. Pasreur rappelle les conclusions de son Rapport concernant la coloration des conserves alimentaires par les sels de cuivre. Il a demandé que les conserves ainsi colorées portassent sur la boîte qui les renferme la mention : « colorées par les sels de cuivre ». À cette condition seulement, le publie ne sera pas trompé sur la nature du produit qui lui est vendu. La même théorie doit être appliquée à la bière et au cidre. Ces boissons, lorsqu'elles ne contiennent pas exclusivement les éléments normaux de la bière ou du cidre, doivent porter une dénomination spéciale avertissant le public de leur composition. M. Pasteur admettrait volontiers, à raison des contradictions dont a parlé M. Schützenberger au sujet de l'acide salicylique, que la bière salicylée pôt être vendue sous cette qualification : le consommateur jugerait s’il doit ou non en acheter; la concurrence seule empêcherait bientôt la vente de la bière salicylée, et le public ne tarderait pas à savoir que la bière salicylée est mal fabriquée, que la bonne bière se conserve sans acide salicylique. En ce qui touche l’innocuité de ce produit, elle est loin d’être démontrée; personne ne peut affirmer que l’emploi quotidien et prolongé de l'acide salicylique, même à des doses assez faibles, ne présente aucun danger. L’emploi prolongé de la quinine produit la dyspepsie. Qui nous prouve que l’action de l'acide salicylique n’est pas analogue ?
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Séance du 9 mars 1888.
[ ASSAINISSEMENT DE LA SEINE ET UTILISATION AGRICOLE DES EAUX D'ÉGOUT DE Paris.]
M. Pasreur : Je ne veux envisager la question soumise au Conseil qu’à un seul point de vue, le seul, du reste, sur lequel je puisse prétendre à quelque compétence.
*}; Le projet de déversement des eaux d'égout et de vidange de la ville de ris sur les champs d’Achères est-il en harmonie avec les progrès de nos naissances sur l'hygiène ? Je réponds non, sans hésiter. Une science noule est née. Ses progrès sont tels qu’en quelques années, elle s’est imposée enseignement supérieur dans toutes les universités * monde. Sous son ulsion, la chirurgie et la médecine transforment leurs méthodes thératiques. Elle a opéré une véritable révolution de nos connaissances sur les “sr virulentes et contagieuses, et ces maladies composent toute la > pathologie, si l’on excepte le groupe des maladies nerveuses par sd lité. Or, le principe qui domine toute la microbiologie est le suivant : les dis virulentes et contagieuses ne sont jamais spontanées ; elles ont tes pour origine un ferment de maladie animé, vivant d’une vie propre, à microbe, et la spontanéité de la vie de ces êtres microscopiques est aussi himérique que pourrait l'être la spontanéité de la vie chez les grands aniux et chez les grands végétaux. Détruisez les microbes de la fièvre typhoïde,
la diphtérie, de la scarlatine, de la rougeole, de la morve, du charbon, du léra, ete., ou placez-les dans des conditions où ils ne puissent plus nuire, amais vous ne verrez apparaître un seul cas de ces maladies. Quelles que vient les conditions de vie, de misère physiologique d’un individu, jamais sa propre nature, jamais il ne pourra créer les maladies dont je parle ni être atteint à un degré quelconque. Encore une fois, la génération des ; microscopiques est une chimère et toutes les milles virulentes et tagieuses relèvent de la présence et du développement d'êtres microsco- 1es.
Ce sont là des faits inéluctables. Dès lors, quelle doit être la préoccupad’une grande cité comme Paris, lorsqu' elle se propose d’assainir le e qui reçoit tous les germes de la foule de maladies contagieuses qui sciment sa population ? Il faut que, par tous les moyens aujourd’hui en notre avoir, l'hygiène se préoccupe de détruire les germes dont je parle ou nnihiler leur funeste influence. Or, que propose-t-on ? On propose, non les conduire à la mer, où ils ne pourraient plus nuire, mais de les accuer chaque année de plus en plus sur des champs situés aux portes de la nde ville, et ces champs seront cultivés. Encore, si vous les laissiez stériles, us ne seriez pas exposés à ramener les germes dans Paris.
"4 M. ScuürzexserGER partage l'opinion de M. Pasteur ; on ne peut pas dire qu'il n’y a pas de danger, car, s’il y a moins de germes débales eaux qui ont
ssé par le sol, il n’est pas prouvé qu ils soient détruits, et les végétaux les néneront à la surface.
M. Pasreur ajoute que le sol est un filtre excellent, mais qu’il y à accumulation continue de germes de maladies, lesquels germes ne sont pas détruits par l'oxydation, notamment ceux de la septicémie et du charbon; quant à ceux de la diphtérie, dit-il, ils ne sont pas connus. Qui pourrait dire que les germes infectieux ne sont pas transportés de Gennevilliers aux communes environnantes par les légumes, etc.? C’est l’inconnu. Je ne puis vous démontrer que vous avez tort, mais vous ne pouvez pas non plus me prouver que je suis dans l'erreur.
La solution proposée ne lui paraît pas conforme aux données de la science moderne. Il craint qu'en accumulant sans cesse pendant des années les germes que renferment les eaux d’égout, on n’entretienne les maladies épidémiques. Il se déclare donc partisan d’un canal à la mer. Il est convaineu que, malgré les dépenses qu'entrainerait ce travail, la Ville arrivera à cette solution.
M. Pasreur reconnaît l'intérêt des renseignements fournis par M. Léon Faucher sur cette question du canal à la mer. Mais c’est sur ee point même qu'il voudrait voir la discussion s'établir ; car, d’autres ingénieurs, M. Dumont, par exemple, admettent la possibilité Fr cette solution.
M. Pasreur ne verrait aucune objection scientifique si on ne cultivait pus les terrains irrigués.
ne DISCOURS, ICLES, NOTES ET RAPPORTS :
ATIFS A L'ENSEIGNEMENT
Dh COLE NORMALE SUPÉRIEURE
DISCOURS
[ProxoxcÉ À Douai, LE 7 DÉCEMBRE 1854, CASION DE L’INSTALLATION SOLENNELLE DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE Douai : ET DE LA FACULTÉ DES SCIENCES bE Lie] (1).
Messieurs,
ère de prospérité nouvelle va s'ouvrir pour les Facultés des s. Le décret impérial du 22 août 1854 leur donne une fécondité t 558 de toutes parts les plus heureux fruits, mais plus spément, j'ose l’affirmer par avance, dans un pays où l’industrie la rissante vient, chaque jour, demander à la science une découappliquer. Vous savez, messieurs, que jusqu’à présent les des Facultés des sciences s’étaient bornés à des leçons, accomde démonstrations expérimentales, mises par le professeur yeux des élèves. Mais ceux-ci ne pouvaient point répéter enxavec la direction du maître, ces expériences si bien faites pour dans l'esprit de tous les études théoriques. Combien mieux ce ne sera-t-il pas atteint lorsque l’élève se servira des appareils, ntre ses mains s’effectueront ces métamorphoses curieuses de la ui l'avaient si vivement impressionné dans les leçons orales, juil essaiera lui-même de découvrir à son tour les lois physiques re vivante ou inanimée.
est, en effet, messieurs, l'innovation la plus heureuse introans les Facultés des sciences : moyennant une rétribution :, fort modique, les élèves seront libres de venir dans les labode la Faculté répéter les principales expériences des leçons s ils auront assisté. Je voudrais, messieurs, je voudrais vous t ce que peuvent les études des sciences faites ainsi avec le
Installation solennelle de la Faculté des lettres de Douai et de la Faculté des > Lille. Douai, 1854, Impr. A. d'Aubers., broch. de 31 p. in-8°.
La culture des lettres et des arts réclame des intelligences d'élite. J'aimerais voir toujours réuni autour des chaires de mes savants collègues de la Faculté des lettres un public aussi choisi que celui qui m’écoute. Pour bien comprendre en effet toutes ces beautés répandues par les langues d’Homère, de Cicéron ou de Pascal, il faut du savoir, une éducation déjà soignée, plus encore, et ce que Dieu ne délivre qu'à un petit nombre, il faut une âme élevée. Mais, je vous le demande, où trouverez-vous dans vos familles un jeune homme dont la curiosité et
l'intérêt ne seront pas aussitôt éveillés, lorsque vous mettrez entre ses
mains une pomme de terre, qu'avec elle il fera du sucre, avec ce sucre de l’alcool, avec cet alcool de l’éther et du vinaigre ? Quel est celui qui ne sera pas heureux d’apprendre le soir à sa famille qu’il vient de faire marcher un télégraphe électrique ?
Et, messieurs, soyez-en convaincus, de pareilles études s oubli
peu ou ne s’oublient jamais. C’est à peu près comme si, pour apprendre.
la géographie d’un pays, on y faisait voyager l'élève. Cette géographie, la mémoire la conserve, parce qu’on a vu et touché les lieux. De même, vos fils n’oublieront pas ce qu’il y a dans l’air que nous respirons, quand ils l’auront analysé, et qu'entre leurs mains et sous leurs yeux se seront réalisées les propriétés admirables des éléments qui le composent.
A côté de cette heureuse et capitale innovation dans les Facultés des sciences, il en est une autre dont le succès ne peut être contestable dans le département du Nord. Le même décret impérial que je rappe-
lais tout à l'heure a institué un nouveau grade universitaire, sous le
titre de « Certificat de capacité pour les sciences appliquées ». Après deux années d’études théoriques et pratiques dans les Facultés des sciences, les jeunes gens qui se destinent à l'industrie pourront
obtenir ce diplôme spécial, qui certainement comble une lacune fort
préjudiciable à l’industrie. Aujourd’hui, en effet, le chef d’usines n’a aucun moyen direct de s’assurer des connaissances scientifiques de celui qu’il veut appeler à diriger sa fabrique ou qu’il désire employer comme contremaître ou comme chef d’atelier. J'espère que le certificat délivré par les Facultés des sciences sera une recommandation pressante et utile. Je voudrais qu’au sortir des écoles de commerce, ou des écoles professionnelles, les jeunes gens destinés à la carrière industrielle fussent mis en mesure par leurs parents de venir profiter des immenses ressources de la Faculté des sciences, que la munificence du Conseil municipal de Lille a installée dans les conditions les plus propres à assurer sa prospérité. Sous ce rapport, les Facultés des sciences peuvent étendre beaucoup les services rendus par
PDT RE et
lÉcole centrale des Arts et Manufactures de Paris. Le certificat que
s'attache à répandre les connaissances appliquées. Mais je me d'ajouter que vous vous tromperiez beaucoup en pensant que ppnement des Facultés en éprouvera une transformation, et que ie, même dans ce qu’elle a de plus élevé, disparaîtra de cet gnement. À Dieu ne plaise qu'il en soit jamais ainsi. Nous lierons point que la théorie est mère de la pratique; que sans elle a ique n’est que la routine donnée par l’habitude; et que la > seule fait surgir et développe l’esprit d'invention. C’est à nous jout qu’il appartiendra de ne point partager l'opinion de ces esprits s qui dédaignent tout ce qui, dans les sciences, n’a pas une tion immédiate.
mandait autour de lui : Mais à quoi cela sert-t-il? Franklin : À quoi sert l’enfant qui vient de naître ?
cet âge de la plus tendre enfance, il y avait en vous déjà les inconnus des talents qui vous distinguent.
vos fils à la mamelle, dans ces petits êtres qu’un souffle ferait il y a des magistrats, des savants, des héros aussi vaillants que à cette heure, se couvrent de gloire sous les murs de Sébasro messieurs, Ja: découverte AR EU n'a elle que
phe électrique, l’une des plus merveilleuses applications des modernes ? C'était dans cette mémorable année 1822 : (Ersted, sicien suédois, tenait en mains un fil de cuivre, réuni par ses é aités aux deux pôles d’une pile de Volta. Sur sa table se trouvait ii lille aimantée placée sur son pivot, et il vit tout à coup hasard, direz-vous peut-être, mais souvenez-vous que dans les s de l'observation le hasard ne favorise que les esprits préparés),
tout à coup l'aiguille se mouvoir et prendre une position très ate de-celle que lui assigne le magnétisme terrestre. Un fil
traversé par un courant électrique fait dévier de sa position une aiguille aimantée : voilà, messieurs, la naissance du télégraphe actuel. Combien plus, à cette époque, en voyant une:aiguille se mouvoir,
l'interlocuteur de Franklin n’eût-il pas dit : Mais à quoi cela sert-il®
Et cependant la découverte n’avait que vingt ans d’existence quand elle donna cette application, presque surnaturelle dans ses effets, du à télégraphe électrique. | É
Il est inutile, messieurs, d’insister davantage sur la nécessité ‘de commencer les sciences par de sérieuses études théoriques. Tous les … esprits éclairés la reconnaissent et la proclament.
Je désire, messieurs, que les développements dans lesquels je -
viens d’entrer vous fassent pressentir les éléments de succès de la nouvelle Faculté des sciences de vos départements du Nord. Elle a été dotée d'ailleurs, j'aime à le dire encore, par la générosité du Conseil. municipal de Lille, des moyens les plus larges d’assurer la prospérité de son enseignement. C’est donc avec confiance, messieurs, que nous ouvrirons prochainement nos cours. Soyez d’ailleurs convaincus que, si des professeurs plus dignes pouvaient être choisis par la haute solli= citude de son Exc. M. le Ministre de l’Instruction publique, il n’y en avait pas qui l’auraient emporté sur nous pour le zèle, le dévouement l’ardeur à bien faire.
COMPTE RENDU DES TRAVAUX DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LILLE PENDANT L'ANNÉE SCOLAIRE 1854-1855
[PRÉSENTÉ À LiLe, LE 20 Novemsre 1855] (1).
Messieurs,
Je vous dois le compte rendu des travaux de la Faculté pendant l’année scolaire qui vient de finir. Lorsque l’État enrichit cette grande cité d’un nouvel établissement d'enseignement supérieur, on pouvait prévoir l'accueil que vous lui feriez. A côté d’un Lycée florissant, d’une École de médecine qui grandit chaque année, il était difficile
1. In : Académie de Douai. Rentrée des Facultés et de l’École préparatoire de médecine et de pharmacie de Lille, 1855-1856. Douai. [Imprimerie A. d'Aubers, broch. de 68 p. in-8.
que la Faculté des sciences n’eût pas également sa part de succès. Mous savez, messieurs, qu'elle n’a qu’une année à peine d’existence, Ses professeurs ont été nommés par décret du 2 décembre 1854, et les cours n'ont pu s'ouvrir que le 8 janvier 1855 dans un local auquel on ent seulement de mettre la dernière main. La Faculté n’a eu par séquent à sa disposition qu’une portion fort restreinte du bâtiment elle occupe. Ses collections n'étaient pas classées et se complént au fur et à mesure du besoin des leçons. C’est vous dire, ssieurs, que les travaux dont j'ai à vous faire l’histoire réclament te votre indulgence. Néanmoins je rendrais mal justice au zèle des esseurs de la Faculté si je n’ajoutais tout de suite que l’enseigneit oral n’a point souffert de notre installation provisoire. J’ai lieu croire que l'auditoire ignorait les embarras matériels qui nous uraient ; et les expériences de nos leçons, pour avoir été plus lonment et plus péniblement préparées, n'avaient pas moins de préci- 1 que celles des plus anciennes Facultés. Notre zèle était soutenu leurs par un public nombreux et sympathique. Pendant le premier estre, beaucoup de leçons ont réuni 300 personnes, chiffre bien et dans l'appréciation duquel, je le crains du moins, il faut faire large part à la curiosité qu’excite tout ce qui est nouveau.
enseignement oral se composait : 1° D’un cours de mécanique pliquée ; 2° d’un cours de calcul différentiel et intégral; 3° d’un cours himie; 4° d’un cours de physique ; 5° d’un cours d'histoire natu-
Le cours de mécanique appliquée, fort recherché d’abord, attirait ron 100 personnes parmi lesquelles un grand nombre de contrees de fabriques. Malheureusement le cours devint bientôt diffile, puis impossible à suivre pour tous ceux qui n'étaient pas assez iniliarisés avec les principes mathématiques, bien que le professeur ït pris soin d’adopter un mode spécial d'enseignement de la mécaique destiné à éloigner les principales difficultés. On apprendra avec r que M. Mahistre, chargé de cet enseignement auquel il était ré par des études spéciales, se propose de suivre une marche e plus élémentaire. D'autre part, les leçons seront autographiées >s des notes manuscrites rédigées par le professeur lui-même.
s cours de physique, de chimie et d’histoire naturelle ont été avec plus de constance que celui de mécanique appliquée. t que le permet l’enseignement supérieur d’une Faculté, les sseurs ont développé davantage les principes et les applications aux industries du pays. C’est ainsi que le professeur de physique onsacré cinq ou six leçons à traiter des machines à vapeur, le
professeur de chimie a donné beaucoup de détails sur les sucres et la fermentation alcolique. De son côté, le professeur d'histoire naturelle | s'est appesanti sur les animaux utiles ou nuisibles à l’agriculture, sur l’engraissement, et, en botanique, sur les caractères des plantes cultivées dans le Nord de la France.
Ces excursions dans le domaine de l'application nous ont permis. de mieux connaître notre auditoire de cette année, ses préoccupations, ses tendances. Je prendrai comme exemple ce qui s’est passé lors des. leçons sur les machines à vapeur. Elles ont toutes réuni plus de 150 auditeurs, et cependant elles avaient lieu déjà à une époque avancée de l’année, au commencement du second semestre. A la dernière leçon sur ce sujet, le professeur annonce la continuation du
cours sur la chaleur. La leçon qui devait venir en premier lieu portez …
rait sur l’hygrométrie. Or, elle ne comptait que 80 personnes seulement. Puis, lorsqu’est venue l'électricité et les services qu’elle a rendus à la dorure, à la télégraphie, à la galvanoplastie, le nombre des. auditeurs s’est accru de nouveau. Je pourrais présenter des faits analogues, moins exagérés cependant, pour les cours de chimie et. d'histoire naturelle. Nous aurons à tenir compte de cette tendance si.
prononcée de notre public vers les parties de la science qui ont reçu des applications. Mais nous veillerons à ne pas nous laisser entraîner outre mesure dans cette voie. L'enseignement des sciences gagne: beaucoup en intérêt et en profondeur lorsqu'il signale l'application que tel produit ou tel principe théorique ont pu recevoir. Le professeur de Faculté serait néanmoins coupable d’aller trop loin dans la description des appareils et des méthodes propres à l’industrie. Il y perdrait. un temps précieux et méconnaîtrait sa véritable mission. Tout en donnant une part convenable, comme je viens de dire que nous l’avions fait cette année, aux développements que réclament plus spécialement les différents genres d’industrie du pays où elles se trouvent placées, les Facultés de province ne doivent pas oublier qu’elles ne sont mi des cours municipaux, ni des conservatoires d’arts et métiers. Les conceptions les plus élevées, les plus hardies même de la science doivent trouver place dans nos leçons, et nous ne devons pas, pour la satisfaction souvent un peu vaine de réunir un public plus nombreux, déserter les hautes régions de la science et mettre à leur place des détails techniques qui frappent surtout l'attention des ignorants.
Je viens de vous présenter, messieurs, un tableau rapidement esquissé de l’enseignement oral de la Faculté pendant l’année. scolaire de 1855.
Autrefois, c’est-à-dire avant le décret du 22 août 1854, les Facultés
es sciences n'avaient pas d'autre enseignement que celui des cours
: Padmission des élèves dans les laboratoires de la Faculté où ils t exercés, sous la direction des professeurs, à répéter les prinales expériences des cours publics. Mes collègues et moi nous s tellement convaincus de l'excellence de cette innovation que, ré les embarras matériels qu’offrait à nos travaux un local en truction, nous avons immédiatement organisé cet enseignement que qui a commencé dans les premiers jours de février, trois ines après l'ouverture des cours publics.
Il est facile de comprendre que, pour suivre avec fruit un tel enseiment, il faut avoir tous les loisirs d’un jeune étudiant. Pour peu celui-ci revoie les leçons publiques, comme il doit le faire, sur notes prises aux différents cours, sa journée sera remplie par ce vail, celui des manipulations et des leçons du soir.
Les Facultés des sciences présentent donc aujourd’hui un système x plet et fortement constitué d'éducation scientifique. Cependant il manquait l’enseignement du dessin d'ornement et du dessin de hines, indispensable aux jeunes gens qui se destinent à la carrière strielle. Et, comme il arrivera souvent, surtout dans ce pays, que élèves n'auront pas terminé leurs études de collège, M. le Ministre stitué auprès des cours de la Faculté des cours de littérature, toire et de géographie. La Faculté de Douai n'ayant pu, dans > occasion, à cause de son éloignement, nous prêter son appui, le Ministre a désigné pour les cours littéraires deux des profess les plus distingués du Lycée impérial de Lille. Il a confié en temps les cours de dessin à l’un des maîtres les plus estimés s belles écoles académiques.
21 est, messieurs, l’ensemble des études théoriques et pratiques forment ce que le décret du 22 août 1854 appelle l’enseignement sciences appliquées. 11 trouve, en outre, une sanction dans la tion d’un nouveau grade universitaire, le certificat de capacité, vré par les Facultés des sciences elles-mêmes.
L'État n’aurait pu suffire aux dépenses matérielles qu ‘entraîne une è organisation, s’il n’eût exigé pour l'admission aux nouveaux s une rétribution annuelle. Mais elle est si minime qu’elle ne peut mer personne.
Je n’ai pas besoin d'ajouter que cette partie de notre enseigneent fonctionnera, cette année, dans de bien meilleures conditions,
aujourd’hui que nous disposons de tout notre local et que nos collections sont classées et complètes. Il est encore moins nécessaire d’insister sur l'importance d’une innovation qui met la jeunesse en rapports obligés, mais toujours faciles et agréables, avec des maîtres éprouvés, trois ou quatre heures par jour, dans des laboratoires et au milieu de collections qui n’ont rien à envier, grâce à la générosité éclairée du Conseil municipal de cette ville, à celles des plus riches établissements de la capitale.
L’un des devoirs les plus précieux des Facultés est sans aucun doute la délivrance des grades universitaires. La ville de Lille sera heureuse d'apprendre que, dans cette première année de la création de
la Faculté, 153 candidats sont venus solliciter le grade de bachelier.
ès sciences. Sur ce nombre, il y en a eu 38 éliminés par les compositions écrites, 36 ajournés par les épreuves orales et 79 admis défimitivement, ce qui fait à peu près parties égales d’ajournements et de réceptions. Sur les 79 admis il y a eu trois mentions érès bien, onze mentions bien, et soixante-cinq assez bien.
J'aurais désiré, messieurs, vous présenter quelques détails sur les travaux personnels de MM. les professeurs de la Faculté des sciences de Lille pendant l’année scolaire 1855. Vous attacherez la plus grande importance pour l'avenir de la Faculté à la distinction qu’elle recevra des travaux scientifiques de ses professeurs. Mais les embarras de notre installation toute provisoire, la difficulté qu’elle entraînait dans
la préparation de nos leçons, pour l’un d’entre nous le manque absolu
de laboratoire, toutes ces causes réunies n’ont pas permis de mettre la dernière main à des études commencées ou d’en entreprendre de nouvelles. Cependant, il n’y a pas eu pénurie complète. M. le professeur de mathématiques a publié dans les mémoires de la Société des sciences de Lille un travail étendu sur les éclipses de lune et de soleil et la détermination de l’aplatissement des méridiens terrestres. Il a fait paraître, en outre, diverses notes et un mémoire sur le travail de la vapeur dans les machines, en tenant compte de la vapeur qui reste, après chaque coup de piston, dans les espaces libres des cylindres.
Le professeur de chimie a eu l'honneur de lire à l’Académie des sciences un mémoire sur l’huile de betteraves ou alcool amylique (1). M. le professeur d’histoire naturelle a fait paraître dans les Annales des sciences naturelles et a présenté à l’Académie une série de travaux
1. Voir, tome I des Œuvres DE PasTEuR, p. 275-279 : Mémoire sur l'alcool amylique. (Note de l'Edition.)
"ME GEnlt sine rue More EL Ang nét
Tor) PT TI EPA CR
géuès
Man, L'apairrtt te
Lois à ou2t
smarquables sur l’organisation et l’'embryogénie de quelques animaux vertébrés.
La réputation et la valeur d’une Faculté de sciences doivent s'établir : des bases multiples. A côté d’un enseignement oral très soigné quel chacun apportera toute son intelligence et tous ses efforts, le vel enseignement pratique, destiné à un si brillant développement, réclamer la plus vive sollicitude. Nous pouvons avoir la plus salufe influence sur l'éducation intellectuelle et morale de nos élèves cette communion d'idées nécessitée par les travaux pratiques des oratoires et dont la durée dépassera plusieurs heures, chaque jour, les différents maîtres. A coup sûr, nous ne formerons jamais ainsi physiciens, des chimistes ou des naturalistes, mais combien de ons saines, de sages habitudes d’observation, combien de prudans les inductions à tirer des faits qu’ils étudient, ne pouvonss pas inculquer dans ces jeunes esprits dont les impressions sont si ? Aussi bien, pour que cet enseignement porte tous ses fruits, 1 que les maîtres aient développé en eux-mêmes et porté à une e hauteur, par le travail patient du laboratoire dans des études iales, toutes les qualités que je viens de signaler. ’ai l'espérance de voir la Faculté de Lille asseoir sa réputation, un pays qui offre tant de ressources, sur cette triple autorité d’un enseignement oral, d’un enseignement pratique dévoué, et de wux distingués de la part de ses maîtres.
ant de terminer, messieurs, la Faculté des sciences de Lille a tte de reconnaissance à acquitter. Je vous parlais tout à l’heure auditoire nombreux et sympathique, du succès qui avait li ses premiers pas. Elle le doit à son zèle, au dévouement dont fait preuve. Mais la plus grande part revient aux hommes émi- | qui, dans cette ville, ont préparé les voies à l’enseignement rieur. La plus grande part revient aux savants professeurs de vos municipaux. Je vous entends nommer, avant moi, MM. Dele- , Kuhlmann, Lestiboudois.
mesure que l’on étudie davantage, messieurs, les éléments de érité et d'avenir de votre riche cité, on est frappé de plus en plus contraste qu'aucune ville de France n’offrirait peut-être au même A côté de l’industrie la plus florissante et qui paraîtrait devoir er toutes les intelligences, le culte de la science dans sa plus beauté a eu de tout temps à Lille les représentants les plus Vous passez volontiers pour une ville exclusivement commert industrielle, et cependant votre Société impériale des sciences, réunit des hommes tels que MM. Macquart, Desmazières, Le
Glay et tant d’autres, est placée, non seulement par la renommée
publique, mais jusque dans les documents officiels, au premier rang des Sociétés savantes de province. Et, lorsque les premières cités de
France confiaient ces chaires modestes des cours municipaux à des.
hommes estimables sans doute, mais que rien n’illustre, la ville de Lille trouvait dans ses murs un membre de l’Institut pour y enseigner la chimie, un membre de l’Institut pour y enseigner la physique, un membre de l’Institut encore pour y enseigner l’histoire naturelle. Soyez-en convaincus, messieurs, c’est là pour votre pays de Flandre le témoignage d’une vigueur peu commune.
Mais vous, jeunes gens qui m’écoutez, ne vous méprenez pas sur la
portée de mes paroles. Vous pouvez être fiers d’appartenir à une
génération qui compte de tels chefs : Que votre fierté s’arrête là! « Noblesse oblige », tel est le cri qui doit sortir de votre cœur. A vous, aujourd’hui, les labeurs et les veilles. Montrez-vous les dignes fils de tels pères. Je voudrais pouvoir écrire sur votre bannière ces paroles que l’une des grandes gloires de notre Patrie, et qui, pour ainsi dire, appartient à ce département, adressait à la jeunesse d’une ville de France, sœur de celle-ci par la prospérité : « Et vous, Lyonnais, leur disait-il, en présence des efforts de l'Angleterre et de l’Allemagne, vous qui êtes une part si large de la gloire du pays, vous vous rappellerez cette maxime des âmes généreuses : Quand on est le troisième, il faut devenir le second ; quand on est le second, il faut devenir le pre-
mier ; quand on est le premier, il faut rester le premier ; quand on est
Lyon, il faut rester Lyon. »
QuanD ON EST LILLE, IL FAUT RESTER LILLE !
COMPTE RENDU DES TRAVAUX DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LILLE PENDANT L'ANNÉE SCOLAIRE 1855-1856
[PRÉSENTÉ À Douai, LE 13 NOVEMBRE 1856] (4)
Monsieur le Recteur, Messieurs,
Créée à l’époque où l’enseignement supérieur était modifié dans
toutes ses parties, où les seize Académies actuelles étaient constituées
1. In : Académie de Douai. Rentrée solennelle de’ la Faculté des lettres de Douai, de la Faculté des sciences de Lille et de l’École préparatoire de médecine et de pharmacie de 1856-1857. Douai, Impr. A. d'Aubers, broch. de 52 peus in-8°.
* des bases plus larges et plus dignes, où huit Facultés des sciences #1 des lettres étaient ajoutées à celles qui existaient déjà, la Faculté de Lille a subi le contre-coup des mesures d'économie que nécessitait a mise en œuvre d’une aussi vaste organisation : au lieu de six prours, nombre normal des anciennes Facultés, elle n’en eut que >. Le nombre des préparateurs et des aides de laboratoire fut treint dans la même proportion. D’autre part, les modifications istratives que je viens de signaler étaient liées à celles que introduisit dans l’enseignement à tous ses degrés, et vous orez pas que, dans le décret du 22 août 1854, une disposition lle permettait aux Facultés des sciences de concourir au dévement, si important sous tous les rapports, de l’activité indus- , en autorisant certaines d’entre elles à ouvrir des cours pour applications spéciales sur la mécanique, la géométrie descriptive, dessin, et à délivrer le nouveau certificat de capacité pour les es appliquées. Et, dans le but de fortifier cet enseignement, des “ass, des interrogations, des exercices pratiques devaient être és dans le plus bref délai. Or, la Faculté de Lille, avec son persi restreint, fut précisément une de celles où Son Excellence Ministre demanda l'application des nouvelles mesures dans e leur plénitude. Elle eut lieu, en effet, et j'ai à vous dire de Île manière. Mais en vous rappelant l’étendue de notre tâche, j'ai que la part de toute chose fût bien établie dans vos appréciations s le contrôle moral que vous êtes en quelque sorte appelés à 7 Sur nos travaux par la publicité donnée à cette réunion