A PROPOS DE LA RÉFORME DE L'AGRÉGATION
Avant les réformes de 1852, il y avait dans l’ordre des sciences € agrégations distinctes, l'agrégation de mathématiques et l’agrégat de physique. Cette dernière comprenait, outre la physique et la chn l’histoire naturelle proprement dite. Certaines épreuves avaient F objet les parties élevées des programmes de licence. Le titre d'agi était le témoignage de connaissances solides et étendues. Malheu sement plusieurs dispositions du concours avaient un carat excessif. Par exemple, un candidat réunissait-il au degré conven Ù toutes les qualités du professeur, son succès n’était point ass
d’ agrégé à donner. Mais l’abus le plus grave était dans la nature : tive des épreuves éliminatoires et défi DEV. Les prémièeps
‘empruntés aux programmes de licence ; de telle sorte que, ae u concours institué pour conférer le titre de professeur de l’ensei | ment secondaire, les candidats pouvaient être écartés sans avoir aucune ds did relative à A De mer
l’enseignement supérieur.
Non seulement ces dispositions étaient excessives, mais je
meilleur système d’agrégation dans les sciences. La limitation me nombre des ee js une mesure > condam
1. Manuscrit inédit, sans date (probablement 1858). [Note de l'Édition.]
aissent dans l’agrégation et surtout dans l'agrégation de mathémaques. D’autres pensent qu'il suffit de changer ces épreuves de place en réduisant le nombre, et de les reporter parmi celles qui sont définitives et que subissent tous les candidats qui ne sont pas ement incapables. À
-il indispensable d'introduire, dans les épreuves de l'agrégation, mpositions ou des leçons sur les programmes de licence?
érêt des élèves de l’École Normale exige impérieusement que reuves de l'agrégation n'aient pas seulement pour objet les res de l’enseignement secondaire. Dans la section des sciences e École, il y a une distinction essentielle à faire entre les élèves année et ceux des deux premières. En entrant à l’École nos ignorent jusqu'aux notions les plus élémentaires des sciences rment l’objet habituel de leurs études pendant les deux pre- ; années du cours triennal. Le calcul intégral, la plus grande du calcul différentiel, la mécanique rationnelle, l’astronomie, > chimique qualitative, les parties élevées de la physique, telles ptique dite moderne, la minéralogie... voilà autant d’études à l’enseignement supérieur, entièrement ignorées des candidats . Ce sont des connaissances comprises dans les programmes | x licences mathématique et physique, et tous les élèves de la des sciences doivent les acquérir en deux années et les posmanière à pouvoir répondre aux examens de la Faculté des x sous peine d'exclusion.
épreuves de la licence, voilà donc la préoccupation unique des e let de 2° année. Mais, je le répète, ces épreuves s’appliquent nces difficiles dont les élèves n’avaient pas même les pretions en entrant à l’École. J'insiste sur ce point de la nouet de l’étendue des études dans les deux premières années, il montre bien tout ce que le travail de nos élèves doit avoir imparfait.
il pas évident que l'esprit ne peut suffire à tant de choses >s accumulées dans deux années et que ces mêmes études pour r sérieuses, approfondies, détaillées, doivent trouver de nouveau place dans la 3° année? C’est à cette troisième année que sont s les travaux personnels de longue haleine, sur un sujet déterla lecture des mémoires originaux, la méditation sur les méthodes enteurs et tous les exercices sur l’art si difficile de communis idées. Livrés tout entiers à une spécialité d’études choisie par le plus souvent sans la moindre contrainte, les élèves de 3° année
apportent tous une grande ardeur dans leurs études, et, pour quelquesuns, j'oserais dire la passion du savant ou de l’érudit. Mais tout cela est à une condition, c’est que l’agrégation, sanction des études de la 3° année, offrira aux élèves un but élevé et ne sera pas seulement une révision partielle des matières exigées d’eux pour l'entrée à l’École.
Il y a une considération bien autrement sérieuse, sur laquelle j'appelle toute l'attention de MM. les membres du comité, parce qu’elle touche au point le plus délicat de la question qui leur est soumise.
On se tromperait étrangement, si l’on croyait que les élèves de l’École Normale, malgré leurs diplômes de licencié ès sciences mathématiques et de licencié ès sciences physiques, ont une pleine intelligence des matières de ces deux examens. Ce serait là une grande erreur et bien méconnaître ce que les mathématiques offrent de difficulté à la plupart des esprits même les plus distingués. N'y a-t-il pas une assertion vulgaire qui prétend que, pour bien entendre la géométrie élémentaire de nos lycées, il faut l'avoir oubliée sept fois? Cela est vrai surtout des sciences mathématiques; on ne les comprend bien que si l’on est revenu souvent sur les mêmes choses, à diverses époques, par des formes et des méthodes variées. Et je ne crains pas d’être démenti par les hommes les plus compétents en affirmant que la majorité des licenciés ès sciences mathématiques ne comprend pas les méthodes de calcul intégral et les théories de la mécanique rationnelle.
Il n’est pas douteux que ces assertions s'appliquent aussi bien et
même avec plus de vérité aux étrangers qu'aux élèves de l’École Normale ; et il résulte de là que la suppression dans l’examen qui suit la licence, c’est-à-dire, dans l’agrégation, des épreuves sur les programmes de licence est une mesure fatale à la culture des mathématiques en France. C’est inviter tous les professeurs à abandonner des études que la plupart d’entre eux n’ont pas comprises, non qu’elles offrent des difficultés particulières, mais parce qu’elles demandent à être méditées, digérées, oubliées et rapprises, et sanctionnées de nouveau.
Il y avait un mal attaché à l’ancien concours. Pourquoi lui appliquer
un remède exagéré qui, en détruisant ce mal, en fait naître un nouveau,
plus dangereux peut-être ?
Dans le réglement qui est soumis au comité, il y a une seule épreuve de licence contre cinq affectées aux matières de l’enseignement secondaire. Et cette épreuve unique de licence n'entre pas dans les compositions de l’admissibilité. Quel est le jury qui repousserait un candidat ayant montré de l’aptitude pour l’enseignement dans toutes ses épreuves et qui aurait été néanmoins insuffisant vis-à-vis de la
ence? Dans l’ancienne agrégation même, qu’on ne s'y trompe pas, ce était pas l'ignorance qui faisait le plus de victimes, mais la faiblesse ans l'épreuve de la leçon. Ce sera toujours ainsi, parce que l’art d'enseigner est chose bien autrement rare et précieuse que la révision ligente d’un programme de licence.
Au premier aperçu, l’idée d’une agrégation à deux degrés dans les ces m'avait séduit. A la réflexion, j'y ai vu le danger certain, selon d’affaiblir les études mathématiques et d’en abaisser le niveau l’enseignement.
st d’ailleurs une de ces innovations radicales chez lesquelles rience dévoile ordinairement des inconvénients cachés et diffimettre en lumière, tant qu’elles restent à l’état spéculatif. assimilation de ces deux ordres d’agrégation avec ceux de gramet des lettres ne me paraît pas admissible. Il y a dans les sciences matiques un tel enchaînement, une telle ressemblance dans la ion des vérités que celui qui a compris les mathématiques éléres comprendra les mathématiques spéciales et également le différentiel et intégral, tandis que, pour passer avec fruit de gnement de la grammaire à celui des lettres proprement dites, rait le plus souvent pouvoir changer de cœur et d’âme. terminant, je prie MM. les membres du comité de considérer à 1 prix serait placé le droit d'enseigner les mathématiques au nom at, si l’on supprimait des épreuves de licence dans l'agrégation. homme se présente pour enseigner les mathématiques dans nos , il y veut consacrer sa vie tout entière, il les enseigne depuis années déjà, et vous le soumettriez à un humiliant examen de at aux Écoles Normale et Polytechnique. Vous prétendez que limite de ses forces, mais vous exigez de lui deux licences. ‘que déjà ses goûts, ses aptitudes le portaient de préférence vers thématiques seules ou vers les sciences physiques seules, il a ces deux examens difficiles, presque toujours à une année d’inter- Aujourd'hui le choix de sa carrière, des occupations de toute sa résolu dans sa pensée. Il est livré sans partage à ses études tes, et vous hésiteriez à joindre aux matières de l’enseignement cées, qui doivent lui être familières, celles d’une des licences? avis, c'est une prétention excessive que les intéressés repoussent, xpérience ne justifie pas et qui amoindrirait l’enseignement de
Me souvenant que c’est l’École Norinale qui me donne le droit xxXprimer ici mon opinion, je regrette sincèrement que la crainte de Ltre en péril l'intérêt général des études scientifiques m'oblige à ne
pas adopter l’idée de l'agrégation à deux degrès. Je verrais dans cette institution le moyen le plus efficace de montrer la supériorité des études de l’École. Car l’École placerait sa gloire à conquérir le premier rang dans le premier ordre d’agrégation.