LES LABORATOIRES
‘am, Gauthier-Villars, house de 40 p. in-8.
e titre: « Le budget de la science », cet article a paru dans la Revue des cours , de février 1868, V, p. 137-139, et en Drosare, Paris, 1868, Gauthier-Villars, . (Note de l'Édition.)
Que le physicien et le chimiste s’éloignent de leurs laboratoires, que le naturaliste délaisse ses collections et les voyages, sur-le-champ ils deviennent incapables de la moindre découverte.
Les conceptions les plus hardies, les spéculations les plus légitimes, ne prennent un corps et une âme que le jour où elles sont consacrées par l’observation et l’expérience. Laboratoires et découvertes sont des termes corrélatifs. Supprimez les laboratoires, les sciences physiques deviendront l’image de la stérilité et de la mort. Elles ne seront plus que des sciences d'enseignement, limitées et impuissantes, et non des sciences de progrès et d'avenir. Rendez-leur les laboratoires, et avec eux reparaîtra la vie, sa fécondité et sa puissance.
Hors de leurs laboratoires, le physicien et le chimiste sont des soldats sans armes sur le champ de bataille.
La déduction de ces principes est évidente : si les conquêtes utiles à l'humanité touchent votre cœur, si vous restez confondu devant les effets surprenants de la télégraphie électrique, du daguerréotype, de l’anesthésie et de tant d’autres découvertes admirables ; si vous êtes jaloux de la part que votre pays peut revendiquer dans l’épanouissement de ces merveilles, prenez intérêt, je vous en conjure, à ces demeures sacrées que l’on désigne du nom expressif de laboratoires. Demandez qu’on les multiplie et qu'on les orne: ce sont les temples de l’avenir, de la richesse et du bien-être. C’est là que l'humanité grandit, se fortifie et devient meilleure. Elle y apprend à lire dans les
œuvres de la nature, œuvres de progrès et d'harmonie universelle,
tandis que ses œuvres à elle sont trop souvent celles de la barbarie, du fanatisme et de la destruction.
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Il est des peuples sur lesquels a passé le souffle salutaire de ces vérités. Depuis trente ans, l'Allemagne s’est couverte de vastes et riches laboratoires, et chaque jour en voit naître de nouveaux. Berlin et Bonn achèvent la construction de deux palais d’une valeur de 4 millions, destinés l’un et l’autre aux études chimiques. Saint-Pétersbourg a consacré 3 millions à un Institut physiologique. L’Angleterre, l'Amérique, l'Autriche et la Bavière ont fait les plus généreux sacrifices. Sous le ministère de M. Matteucci, l'Italie a marché un instant dans cette voie. |
Et la France ?
La France n’est pas encore à l’œuvre. La vigilance lui a fait défaut. Elle a dormi à l’ombre de ses vieux trophées. Mais elle commence à
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angère; pas une qu'il n’ait non seulement connue, mais étudiée, ensée et souvent provoquée.
e auguste sollicitude va porter ses fruits. On parle de la prépaun Budget de la Science. Les plaintes des savants sont écoutées : stre ardent au bien les accueille, il en est l'interprète conle succès ne saurait être douteux (!).
peut-être le moment de faire connaître publiquement nos ices et nos misères. Lorsque le malade va guérir, il n’y a aucun lui parler de l’étendue du danger qu’il a couru. Il puise au ire dans le récit de ses douleurs une ardeur et des forces
ainsi est M. Claude Bernard, le physiologiste illustre que pe nous envie, et qui relève à peine et comme par miracle d’une
quel est donc l’établissement où les laboratoires sont à ce malsains, humides, obscurs, mal aérés ? C’est le premier établis-
que et littéraire : c’est le Collège de France (?)!
s jugez de ce que doit être la demeure des animaux destinés aux ices physiologiques. M. Claude Bernard disait un jour que il ignorait si ces pauvres bêtes avaient succombé aux épreuves
Ministre de l'Instruction publique (*), il faut le dire à sa louange, est si bien convaincu
ssité de contribuer aujourd’hui aux progrès des sciences dans notre pays, par les ès, qu’il vient de créer à la Sorbonne, sous l’habile direction de M. Jamin, un ire de physique dont les frais d'installation et d'entretien — c'est là qu'est la marque i du ministre — ont été prélevés sur les ressources ordinaires du budget de son , Quelques changements utiles, mais bien insuffisants, ont été faits récemment aux res de physiologie et de chimie du Collège de France.
or Duruy. (Note de l'Édition.)
de l’expérimentation ou aux conditions détestables des locaux qui les reçoivent.
La Sorbonne est mieux installée peut-être ? Hélas! le dernier laboratoire de chimie que l’on y ait construit est une pièce humide et sombre, de plus d’un mètre en contre-bas de la rue Saint-Jacques. Cela s'appelle, Ô dérision ! le Zaboratoire de perfectionnement et des recherches. Le jeune savant plein de mérite qui y travaille habituellement, et qui est un des professeurs les plus distingués de Paris, souffre d’un {asthme. Où en a-t-il pris le germe ? Je ne veux pas rendre les laboratoires de Paris responsables de toutes les maladies qui peuvent venir frapper ‘ceux qui les habitent ; mais vous estimerez que c’est le cœur serré que des questions comme celle qui précède [peuvent être posées, surtout quand des hommes sincères n'hésitent pas à y répondre dans le sens que je laisse apercevoir.i |
Ai-je besoin d'ajouter que les Facultés de province sont |tout aussi
déshéritées que celles de Paris ? Lyon vient de faire quelques dépenses ; mais ce n’est un secret pour personne, dans le monde savant, que la vie de M. Bineau, chimiste d’un vrai talent, a été abrégée dans le laboratoire de la Faculté de cette ville, lequel était une véritable cave.
Le Recteur de l’Académie de Bordeaux se plaignait naguère amèrement et publiquement de l’état misérable des locaux affectés à la Faculté des sciences de cette riche cité, qui ne possède même pas de laboratoire.
Parmi les établissements qui relèvent du Ministère de l’Instruction
publique, on n’en compterait que deux ou trois dont les laboratoires méritent ce nom. Je citerai FÉcole Normale supérieure. Encore a-t-il fallu l’appui assez direct de l'Empereur. Maïs aussi, aux heures de travail, et ces heures-là sont toutes les heures du jour, c’est plaisir à voir la vaste salle qui forme aujourd’hui le principal laboratoire de cette école. C’est là que le maître aimé de toute une colonie de travailleurs éminents, M. Henri Sainte-Claire Deville, accomplit ses travaux célèbres, l’honneur de la chimie minérale. C’est là que MM. Debray, Troost, Grandeau, Caron, Hautefeuille, Lechartier, Lamy, Gernez, Mascart et bien d’autres'ont trouvé l'asile que la pénurie des ressources de la science dans notre pays leur refuse ailleurs.
Quant à la chimie organique, elle attend encore des Re dignes de ses immenses progrès, dignes surtout des trois hommes qui ont marché si brillamment dans les voies ouvertes par leurs maîtres
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à E eu !
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u stres, les Chevreul, les Dumas, les Balard, les Pelouze : j'ai nommé EH. Wurtz, Berthelot et Cahours.
édecine de Paris. Les grandes découvertes chimiques de M. Wurtz ent de tous les pays du monde civilisé de jeunes hommes de , dont les noms vous diront les nationalités diverses : MM. Beil- Boutlerow, re: Lieben, Bauer, Ron En: Craîts, on, Atkinson…
ont la science honore déjà quelques productions très distinguées. ice y est représentée par MM. Friedel, Perrot, de Clermont, JO n, RUE Gauthier... dont les travaux estimés ont déjà maintes pelé l'attention de l’Académie des sciences.
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rrai-je parler des ressources pécuniaires et matérielles des labos français? Qui voudra me croire quand j'affirmerai qu’il n’y a budget de l’Instruction publique, un denier affecté aux progrès ences physiques par les laboratoires; que c’est grâce à une et à une tolérance administrative que les savants, envisagés professeurs, peuvent prélever sur le trésor public quelqueses dépenses de leurs travaux personnels, au détriment des ns destinées aux frais de leur enseignement. Aussi combien mmerais-je pas parmi eux qui contribuent de leur patrimoine nses des recherches par lesquelles ils honorent leur pays! ns un laboratoire construit et entretenu à ses frais que s et ses disciples ont accompli leurs immortels travaux. Les res célèbres de MM. Foucault et Fizeau, celui de notre grand œriculteur M. Boussingault, leur appartiennent en propre, les instruments qu’ils renferment.
-ce pas en ceci qu’il faudrait proclamer que la France doit être che pour payer sa gloire ? Il y a des libéralités individuelles ilient la nation : celles-là sont du nombre.
termine par un autre exemple frappant de la fâcheuse organisa- : de notre système scientifique : les faits sont notoires et s'appliquent des membres de l'Académie des sciences. Depuis dix années, ce n’a pas eu un seul jour à son service l’aide d’un garçon de labo- , de telle sorte qu’il n’a pas touché à un ustensile, qu'il n’a pas
sali un verre sans avoir été contraint de les essuyer ensuite de ses mains. Que l’on imagine le temps matériel qu’il a dû perdre dans ces occupations de domesticité, temps qu’il aurait employé au profit di tous, en enrichissant peut-être la science et l’industrie de nouvell découvertes ! A toutes les demandes qu’il a adressées pour s’affranchi de cet office subalterne, il lui a été répondu, — et c'était vrai, — qu n’y avait pas de rubrique au budget qui pût motiver la création, profit de ses — d’un emploi de garçon de laboratoire.
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Le lecteur excusera, je l’espère, ces tristes confidences. Peut même y trouvera-t-il quelques motifs d’un orgueil légitime, lor bientôt, le Ministre de l’Instruction publique, présentant à l'Em et au pays Le tableau des progrès des sciences dans ces vingt derni années, pourra faire néanmoins large et belle la part de la France.
Par l'étendue de ce qui a été réalisé, il mesurera ce qui aura s’accomplir avec des ressources mieux appropriées au génie. nation. Il pourra dire, comme naguère ce savant étranger au mo où il sortait d’un laboratoire de Paris : « J’honorais vos travaux; il paraissaient grands. Maintenant que je connais les ressources m rielles dont vous disposiez, je les admire » (1). 1
Janvier 1868. Le
josrnal officiel de l'Empire. Voici à quelle occasion : :
Mon laboratoire était très exigu et j'avais de grands projets de travaux, pour lesqu fallait de la lumière, de l’air et de l’espace. Comment obtenir ces puissants auxi travail et de Ja pensée? Pour m'aider dans la négociation que j'allais tenter auprés du
m’échappe en ce moment et qui trouva mes plaintes compromettantes pour te Elle me demanda, en conséquence, des changements nombreux, qui malheureusemen: altéré le caractère de mon {article. Je refusai et je revins au Moniteur informer le gérant, M. Dalloz, qui me suggéra l'idée de faire passer ma Note sous les yeux de secrétaire de l'Empereur. Le lendemain de l’entrevue que j'eus avec M. Conti, il m'éc l'Empereur désirait que mon article fût publié. M. Duruy me confia en outre que l’Em; ù
s'était montré surpris et ému des tristes révélations de cet article. Aussi .j’ai toujours | que célui-ci n'avait pas été étranger à la circonstance que je vais rappeler.
Six semaines après les incidents dont je viens de parler, l'Empereur réunit aux T quelques membres de l’Académie des sciences, MM. Milne Edwards, Claude H. Sainte-Claire Deville et moi. A la séance, présidée par l'Empereur, étaient égaleme sents M. Rouher, le maréchal Vaillant et M. Duruy. L'Empereur invita successive
SUPPRESSION DU CUMUL DANS L'ENSEIGNEMENT DES SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES
OPINIONS PRÉSENTÉES PAR M. PASTEUR LA RÉUNION DU 16 mars 1868, AU PALAIS DES TUILERIES.
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les autres nations. Il est éprouvé dans ses bons effets. IL est en onie avec la puissante unité de la France. Je crois qu'il faut en
me paraît pas que ce soit sur l’enseignement supérieur, consi- | lui-même, qu'il faille porter la principale attention, mais bien r les mesures qui seraient propres à féconder les hautes études citer l'esprit ou le génie de l'invention.
oyant nos Facultés des sciences plus ou moins désertes, en nt le nombre de leurs auditeurs à celui des Universités alle- , on est surpris des différences qui existent entre ces divers instruction ; mais la comparaison établie de cette manière est L'élite de la jeunesse française est dans les grandes Écoles de nombre et à la qualité des étudiants des Universités scientimandes, il faudrait comparer l’ensemble des élèves de l’École ique, de l’École Normale, de l’École des Mines, de l’École des Chaussées, de l’École Centrale des Arts et Manufactures, de le Saint-Cyr... Si l’on distribuait par la pensée sur la surface ance, dans quelques centres privilégiés, toute la jeunesse de s, réunie à celle des Écoles de médecine, les Universités frane le céderaient en rien aux Universités de l'Allemagne par le
de 1 Académie à exposer leurs vues au sujet de l'Enseignement supérieur ; puis, à la réunion, il demanda à chacun d’eux de rédiger par écrit ses observations et de les Ministre de l’Instruction publique.
ncipale des réformes que j'y réclame; mais ce n’est pas la seule, et toutes les on avis, ont également un caractère d'urgence sur lequel j'aurais appelé l'attention ur et de ses Ministres avec un surcroît d'énergie, si j'avais pu prévoir qu'à deux de distance les malheurs de la patrie seraient liés d’une manière si douloureuse à la se de notre organisation scientifique.
nombre et le choix des auditeurs. La réalisation d’un pareil projet me paraît incompatible avec l’organisation politique et administrative de la France, autant que j'en puis juger.
Si nos Facultés de province ont peu d’auditeurs, parce que leur auditeurs naturels sont dans les Écoles de l’État, elles contribu néanmoins, dans une très large mesure, à élever le niveau intellect de la France en créant des situations pour des hommes de talent et répandant partout la semence féconde des hautes études littéraires scientifiques. |
Ce qui doit préoccuper l'Empereur, à mon avis, ce sont les sou vives de la production scientifique, qui sont taries plus ou moins des motifs que je vais essayer d'indiquer. a
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À la fin du dernier siècle et au commencement du x1x°, l'impulsion des grands travaux des membres les plus illustre l’Académie des sciences, il y eut comme une rénovation de toutes connaissances scientifiques. Deux établissements, le Muséum d’Hist naturelle et l’École Polytechnique, recueillirent ce mouvement et fécondèrent. On vit se produire alors des naturalistes, des mathém: ciens, des ingénieurs savants, des physiciens et des hits o! plus grand mérite. En exceptant quelques individualités isolées, on dire que les savants français et les professeurs de notre haut ense ment scientifique appartenaient tous aux deux établissements que je de nommer, ou avaient été formés sous leur inspiration. La supé scientifique de la France devint d’ailleurs incontestable et incont
Par des circonstances diverses, dont il est inutile de rechercher toutes les causes, le Muséum et l’École Polytechnique ne sont. qu’à un degré très affaibli des pépinières de savants. Le faitest notc Par exemple, le Muséum n’a plus de voyageurs. Un grand problè s’agite aujourd’hui, celui de la transformation possible des esp Est-ce dans l’enceinte de Paris qu’on peut essayer de le résou N'est-ce pas plutôt dans les forêts vierges de l'Amérique ou st bords des grands océans qu’il faudrait aller porter les observat Une chaire d'Histoire naturelle devient-elle vacante dans une de
Facultés, il est rare que le Muséum puisse offrir des candidats. D des chaires les plus importantes de cet établissement sonten ce mor vacantes : est-il bien sûr que le Muséum ait à choisir, pour les rem} parmi des candidats assez éminents ?
Quant à l’École Polytechnique, c’est sans doute la prospérité induselle de la France, particulièrement depuis vingt années, qui a proqué de la part de ses meilleurs élèves la désertion des carrières du t enseignement et des sciences théoriques, sources premières de es les applications possibles. | C'est vers l’École Normale supérieure que se porte aujourd’hui la cientifique. Il n’y a pas longtemps encore que l’École Polytechnique t considéré presque comme une humiliation d’être contrainte de ouri r à des candidats non sortis de son sein pour recruter le perel de ses maîtres. Aujourd’hui, au contraire, et forcément, d’anciens | de l’École Normale remplissent à l’École Polytechnique des ois de professeurs, de répétiteurs et d’examinateurs d'admission. deux reprises, dans ces dix dernières années, en 1861 et en 1864, emier élève de l'École Polytechnique, reçu également à l’École le, a 5 pi pour ce dernier établissement.