‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 93 sur 180 · LAVOISIER · texte numérisé non relu

LAVOISIER

plus d'admiration et de sympathie que celui de Lavoisier. et la fécondité de ses découvertes, la noblesse de ses senti-

t de cœur, tout se réunit pour faire de Lavoisier l’une des s et des plus touchantes illustrations de notre pays. « C’est le plus complet, le plus grand homme peut-être que la t produit dans les sciences », disait un jour M. Dumas dans

te leçon du Collège de France, dans cette même leçon où il ngagement de publier une édition complète des œuvres de comme le monument le plus digne que l’on pût élever à sa

use pensée, qui ne l’a point quitté malgré les préoccupaantes des éminents travaux dont sa vie est remplie, à la satisfaction de la réaliser aujourd’hui et, pour ainsi nom de l’Académie et de la France.

président de l’Académie des sciences en 1843, M. Dumas sa de proposer à M. Villemain, alors ministre de l’Instruction , la présentation d’un projet de loi relatif à la publication des Lavoisier. Cette proposition, qui se liait aux dispositions es adoptées en 1842 et 1843 pour la réimpression des œuvres savants géomètres, Laplace et Fermat, fut accueillie de la a plus favorable. L’illustre ministre avait, le premier, repré- Gouvernement d’alors lutilité et la convenance de ces justes els hommages rendus au génie scientifique de la France. s lenteurs survinrent, et malgré le vœu unanime exprimé par

Moniteur universel, n° du 4 septembre 1865.

l’Académie des sciences, en 1846, au nom d’une Commission dont M. Dumas était le rapporteur, le projet de loi ne fut pas présenté.

C’est un honneur pour M. Rouland d’avoir recueilli cet héritage. Par

arrêté du 4 février 1861, il chargea M. Dumas de la publication, aux frais de l’État, des œuvres de Lavoisier. L’exécution, comme on peut le prévoir aisément, ne se fit pas attendre. Aujourd’hui, les trois pre=

miers tomes ont paru. Le quatrième est sous presse; il sera suivi de

deux autres qui seront les derniers et, dans un an ou deux, un des: vœux les plus chers aux amis des sciences aura reçu une complète satisfaction.

Indépendamment des ouvrages imprimés et des mémoires qui ont.

pris place dans les divers recueils scientifiques, M. Dumas a pu

réunir, grâce à la confiance de M. de Chazelles, représentant de la famille de Lavoisier, un grand nombre de pièces ou documents manus=

crits concernant ses études et ses travaux, les notes recueillies pendant.

ses voyages et les registres de son laboratoire demeurés longtemps.

entre les mains de M. Arago, à qui M"° de Rumford les avait confiés. De précieux autographes ont été remis en outre à M. Dumas. Enfin, M. de Chazelles a désiré qu’il lui fût permis de faire hommage à l'édition d’un portrait de Lavoisier, destiné à orner le premier volume. M. Henriquel-Dupont a bien voulu veiller à l’exécution de la. gravure, faite d’après une belle peinture de David, demeurée en la possession de M. de Chazelies lui-même.

Un habile graveur, M. Wormser, a reproduit les planches célèbres.

dont Lavoisier a enrichi ses mémoires et son Traité de chimie.

La beauté de l'édition ne laisse donc rien à désirer. L’imprimerie

impériale y apporte d’ailleurs un zèle et des soins dont on lui doit des remerciements tout particuliers.

IT

Je parcours maintenant ces trois premiers volumes et j'en éprouve |

une émotion que je voudrais pouvoir communiquer; car il ne faut pas,

pour l’honneur de la génération actuelle, que les chimistes paraissent

froids en présence de cet acte de réparation à la mémoire de Lavoisier.

Pour moi, je reste confondu de surprise et d’admiration devant ce. P

tome II, où M. Dumas a eu l’excellente pensée de réunir et de classer, selon leur ordre chronologique, tous les mémoires essentiels et caraetéristiques de son œuvre. Il n’y en a pas moins de soixante et un, tous composés de 1770 à 1792.

Ces vingt-deux années forment à peu près la durée de la vie scienfique de Lavoisier. Comment le même homme a-t-il pu, dans une ère si courte, rassembler un pareil nombre de faits et d’expées, préciser tant de résultats nouveaux, surveiller la construction nt d'appareils qui devaient y concourir et qui étaient inconnus > des artistes chargés de leur exécution ? Mais quel sera notre mement lorsque, jetant les yeux sur les cinq autres volumes du 1, nous verrons Lavoisier traiter avec un talent sans égal une de questions de haute administration et d'économie politique, * des rapports, proposer des sujets de prix, composer des s de longue haleine, entretenir une correspondance active, l'exploitation d’un vaste domaine ! Je doute qu’il se soit jamais é une intelligence plus ouverte, plus vive et mieux ordonnée. l'on veut savoir comment ce grand esprit parlait ae et omie politique il y a plus de soixante-dix ans, qu’on lise cette

n'est pas seulement dans les cabinets qu’il faut étudier l’écopolitique ; c’est par l’étude réfléchie d’une grande exploitation ‘iale, par des calculs suivis pendant un grand nombre d’années ribution des richesses renaissantes, qu'on peut se former des >s sur ce qui concourt à la prospérité d’un grand royaume. uvrage d'agriculture dont je m'occupe m'a déjà coûté neuf s de soin et de travail. Mais il m'a appris de grandes vérités, que >sonnes même les plus instruites n’aperçoivent que d’une : vague. Il m’a fait concevoir l'espérance de pouvoir concourir à la prospérité nationale en engageant les grands propriétaires s, les capitalistes, les gens aisés, à porter leur superflu dans la s terres. Un semblable placement d'argent ne présente pas, les brillantes spéculations de l’agiotage ou du jeu des effets mais il n’est pas accompagné des mêmes risques et des ‘evers; les succès qu’on obtient n’arrachent de larmes à persont, au contraire, accompagnés des bénédictions du pauvre. e propriétaire ne peut faire valoir sa ferme et l’améliorer sans autour de lui l’aisance et le bonheur; une végétation riche et >, une population nombreuse, l’image de la prospérité sont pense de ses soins. »

je ne saurais mieux apprécier ce tome IT qu’en reproduisant ici s lignes éloquentes que M. Dumas lui a consacrées le jour où hommage à l'Académie.

Rien n’est plus saisissant, dit-il, que de voir se dérouler ainsi que peut accomplir un homme de génie en vingt années pour

le bien de l'humanité et pour la splendeur de son avenir sur la terre, | lorsqu'il n’est arrêté par aucune des difficultés matérielles de la vie et M de la mise en œuvre de sa pensée, avantage dont Lavoisier a joui, et” qu'il a cruellement expié.

« Quand le volume s'ouvre, en effet, on ignore la nature de l’eau, celle de l'air; la cause de la calcination des métaux et de la combus= tion du charbon, du soufre et du phosphore. On ne sait pas comment agissent les acides sur les corps qu'ils peuvent dissoudre.

« Bientôt, le rôle de la balance dans l’étude des réactions étant pris … comme point de départ, on apprend que les corps que l’on brûle … augmentent de poids, et que cette augmentation est due à la fixation de l'air, ou mieux, de l’oxygène ; l’air est analysé, l’eau décomposée et recomposée; les acides du charbon, du soufre et du phosphore sont ramenés à leurs vrais éléments, la dissolution des métaux est expliquée, … les sels définis. 1

« La combustion devient l’objet d’une suite d’études qui en éclairent toutes les formes de la lumière la plus vive; la respiration ce prend place parmi elles sans efforts ; et quand le volume se ferme, non

seulement la chunie minérale est soumise à des lois sûres, maïs la. …

nature des matières organiques est dévoilée, les causes de la chaleur animale sont reconnues, les fermentations suffisamment comprises, la physiologie et la médecine voient de nouveaux horizons s’ouvrir, et la … chimie prend place parmi les meilleurs guides de l’agriculture. »

C’est une chose digne de remarque : Lavoisier n’a découvert aucun corps simple, aucune combinaison nouvelle. Les phénomènes qu'il a étudiés étaient connus de ses devanciers. Les arts ne lui doivent directement aucune application. Nulle voix cependant ne s’élèvera jamais pour lui refuser le premier rang parmi les chimistes les plus célèbres de tous les temps et de tous les pays. C’est que le nom de Lavoisier restera éternellement attaché à la connaissance exacte de ce qui intéresse le plus l’économie de l'univers. Le feu et l’eau, l'air et la terre, ces quatre sources de la vie, ces principes de toutes choses selon la croyance antique, personne n’en a mieux compris et expliqué la nature que Lavoisier. Porter la lumière sur de tels objets, c'était la répandre sur tous les autres. Aussi Lavoisier se trouva-t-il naturellement le premier législateur de la chimie.

A la clarté de ses principes, tous les faits chimiques, lentement

imulés depuis des siècles par la recherche du grand œuvre et par strie de l’homme, se classèrent sans efforts et montrèrent les s qui les unissent.

En découvrant les premières lois générales de la chimie, Lavoisier en outre la véritable méthode expérimentale propre à cette science, nt elle ne s’est plus départie.

lu quelque part qu’à l’époque de Lavoisier les chimistes frans'étant mis d'accord pour changer tous les termes techniques, tous ms désignant les combinaisons et les décompositions chimiques, , imaginé une nomenclature nouvelle qui s'était imposée aux its de tous les pays, parce qu’elle était l’expression d’un système au et complet; que l’on s’expliquait ainsi l’abime qui semble r entre la science actuelle et l’ancienne chimie; que les noms uux et les nouvelles théories rompirent les liens du passé et de les observations partielles faites jusqu’au temps de Lavoisier s autres pays de l’Europe, et que c’était ainsi que beaucoup de voyaient dans nos connaissances actuelles que l'héritage légué ement par l’école française d’alors, s’imaginant que l’histoire a chimie ne va pas au delà. Cette dernière opinion est assurément ; mais, à mes yeux, il serait encore plus contraire à la vérité que la réforme de la nomenclature chimique a contribué nent à faire de Lavoisier le rénovateur de la chimie. Les es, seul fondement de sa gloire, ont été écrits pour la plupart cette réforme, et par suite dans la langue chimique qui était :e de tous. Ce sont ces mémoires qui ont creusé l’abîme qui ellement entre la science actuelle et l’ancienne chimie.

> serait pas moins éloigné de la vérité et de la justice en lais- "e que la révolution qui s’accomplit alors fut une œuvre collecque Lavoisier n’a été que le plus célèbre d’une école de s français dont les travaux auraient été plus ou moins en tion avec Les doctrines du passé. Ces insinuations, ‘Lavoisier mnues, car l'envie ne l’a pas épargné, malgré la modération de timents et l’impartialité dont il fit toujours preuve comme n des travaux d’autrui. Après la réforme de la nomenclature, commune de Guyton de Morveau, Berthollet, Lavoisier et Fourdivers auteurs la prirent volontiers pour point de départ des ; nouvelles, et parlaient notamment de la théorie de la combustion

comme de la théorie de l’école française. Lavoisier, que les uns avaient combattu, que les autres n’avaient point compris pendant quinze années, voyant qu'on cherchait à le dépouiller au moment du triomphe de ses idées, s’en expliqua un jour dans ces termes : « Cette théorie n’est pas, comme je l’entends dire, la théorie des chimistes français, elle est la. mienne, et c’est une propriété que je réclame auprès de mes contem= porains et de la postérité. »

Non. Ni la réforme de la nomenclature chimique, ni les travaux des chimistes contemporains de Lavoisier n’eurent, au début, la moindre part aux doctrines nouvelles. Le premier, et seul pendant longtemps; Lavoisier a rompu les liens avec le passé ; puis sont venus ses imitateurs. et ses disciples.

Quant au secret de sa supériorité, je le placerai volontiers dans la + supériorité de sa méthode. C’est par elle surtout qu’il doit être, ce me semble, considéré à juste titre comme le fondateur de la chimie moderne, dont cette méthode est l'âme, aujourd’hui encore comme iLy. a soixante ans.

On en aura facilement la preuve en past de la lecture d'un mémoire de Lavoisier à celle d'un mémoire de Berzélius où dé M. Liebig, de Gay-Lussac ou de M. Chevreul. Si l’on ne considère que l’art d'interroger la nature par l'expérience, le lien logique des pensées, la clarté des termes, l’absence de tout esprit de système, le choix et la précision des instruments, c'est, à peu de différence près, la même science et le même langage. Comparez ensuite à ces travaux telle œuvre des contemporains de Lavoisier, en choisissant parmi ces derniers ceux-là mêmes qui ont jeté le plus d’éclat : l'invention vous paraîtra, M dans Scheele et dans Priestley, égale ou supérieure ; mais il vous sera impossible de reconnaître ces hommes de génie pour les maîtres ! immédiats des chimistes modernes. Non seulement on ne retrouve pas | 3 dans leurs écrits les principes et la méthode d’aujourd’hui, ils n'ont point de méthode. Priestley la dédaigne. Il se félicite de devoir toutes ses découvertes au hasard, et de se conduire d’après l'inspiration du moment. Aussi le vrai et le faux se mêlent sans cesse dans ses ouvrages. Scheele serait un guide plus sûr, mais il est absolument insuffisant. I n’a connu de la matière que ce qui se voit, non ce qui se mesure.

Scheele et Priestley sont des inventeurs. Lavoisier est plus que cela. Otez à Scheele et à Priestley l’esprit d'invention, ce ne sont plus que des’ hommes ordinaires. Lavoisier, diminué de ce même esprit qu’il avait également au degré le plus éminent, reste un homme supérieur, économiste, administrateur consommé, écrivain du plus rare mérite, penseur profond. Lavoisier fut un inventeur philosophe.

Scheele et Priestley ne possédaient que l’art d'observer. L'art bserver et l’art d’expérimenter sont bien distincts. Dans le premier , peu importe que le fait vienne de la logique ou soit donné par la une: pourvu qu'on ait la faculté de voir le vrai et de la pénétration,

tire profit. Mais l’art d’expérimenter, conduisant du premier u de la chaîne au dernier, sans lacune et sans hésitation, faisant ssivement usage du raisonnement qui pose l'alternative et de srience qui la décide, jusqu’à ce que, parti de la plus faible lueur, ve à la plus splendide clarté, cet art, Lavoisier l’a possédé au ut degré.

de Lavoisier.

s, auparavant, qu'on se figure un jeune homme, beau, riche, de grande distinction de manières, entouré des conseils d'hommes nts, qui pressentent son brillant avenir, nourri de fortes études s, étudiant avec succès les mathématiques et l’astronomie de l'abbé Lacaille, recevant des leçons de botanique de Jussieu, les cours de chimie de Rouelle, associé aux travaux géologiques ard, et illuminé par une noble ambition : « J'étais jeune, dit-il part; j'étais nouvellement entré dans la carrière des sciences. de de gloire. » C’est sous de tels auspices, c’est avec cette connaissances exactes que le jeune Lavoisier se prépare à r sur les traces des hommes de génie.

à la netteté d'intelligence et à la vivacité de conception dont , qu'on en juge par ce qu'il éerivait, comme d'inspiration, à vingt et un ans. On lit dans son journal d'expériences, à la 24 novembre 1764 : « Il est certain que le plâtre, vu au e, change de figure étant calciné... Il me vient une idée, c'est plâtre calciné reprend son eau de cristallisation lorsqu'on le se rencontre sous une forme cristalline. Je le présume que j'ai entrevu quelque chose de tel au microscope; 2° parce plâtres contiennent des cristaux réguliers de plâtre, Principab ceux qui ont élé exposés à l'air. »

mémoire sur le gypse, préparé à celte date et à cet âge du chimiste, démontre ingénieusement tous ces faits et beaucoup s non moins exacts, qu’il expose déjà dans ce langage si clair, tte exquise précision des termes, que personne dans les sciences ais surpassée, ni peut-être égalée.

LR) SJ œ

Son ardeur ne connaissait ni les obstacles, ni le repos. L'Académie avait proposé, en 1764, un prix extraordinaire pour le meilleur mode d'éclairage d’une grande ville pendant la nuit. Lavoisier veut concourir, et il se livre aussitôt à des expériences variées. Mais il s'aperçoit que sa vue manque de la délicatesse nécessaire pour apprécier les intensités relatives des diverses flammes qu’il doit comparer. Il fait tendre alors une chambre de noir, et s’y enferme pendant six semaines dans une obscurité parfaite. Au bout de ce temps, sa vue avait acquis une sensibilité extrême, et les moindres différences ne lui échappaient plus.

Tel était le dévouement à la science du jeune Lavoisier à l’âge de vingt-deux ans. Ai-je besoin d’ajouter que son travail fut couronné? L'Académie lui décerna une médaille d’or dans sa séance publique du 9 avril 1766 et ordonna la publication de son mémoire, qu’on lit encore avec le plus vif intérêt.

L'Académie des sciences ne nn tarder à l’appeler dans son sein. Il y entra en 1768, âgé de vingt-cinq ans.

Le trait le plus caractéristique de l’œuvre de Lavoisier, c’est, à mon sens, et si je puis m'exprimer ainsi, d’avoir introduit dans la chimie l’esprit de la physique. La physique est essentiellement, comme l'astronomie, une science de mesures précises. Les corps augmentent de volume lorsqu'on les échauffe. À quoi bon la connaissance de ce fait, quel parti en tireront les arts, si l’on ne soumet ce phénomène physique à des mesures rigoureuses, propres à déterminer la valeur de cette augmentation de volume pour les divers corps et pour les divers degrés | de température ? Au contraire, je calcine de la pierre calcaire et jen retire de la chaux vive, corps essentiellement différent de la pierre calcaire par ses propriétés. Si je ne cherche, en inventeur désintéressé, que la nouveauté des résultats, mon esprit est satisfait. 11 ne l’est pas moins si j'ai le désir de faire sortir de mes études quelque sujet d’applications nouvelles. À ce double point de vue, la découverte de la chaux vive, douée de propriétés si remarquables, est un grand progrès chimique; et il m'importe assez peu de savoir de combien la chaux vive pèse moins que la pierre calcaire qui l’a fournie, ou le nombre d’unités de chaleur dépensées pour opérer la décomposition.

Jusqu'au temps de Lavoisier, la chimie s’inquiétait fort peu, en effet, de ia mesure des phénomènes. Dominée par des préjugés, enhardie par ses succès, elle cherchait des corps nouveaux, des propriétés inconnues

et magiques ; elle croyait à des élixirs de longue vie, et à la transmun des métaux vils en métaux précieux. Et le domaine de la nature rielle est si vaste," qu’elle aurait pu satisfaire peut-être encore ndent des siècles la curiosité de ses adeptes, sans allier jamais sa thode à celle des physiciens, et sans pouvoir découvrir les rapports saires des phénomènes dont elle s’occupait.

rsonne n’a fait plus de découvertes originales en chimie que stley, particulièrement dans l’étude des gaz, de ces fluides élass si sensibles aux changements de la pression ou de la tem pérature. Honey ne se sert jamais du baromètre, ni du thermomètre, insnts qui lui étaiént bien connus et qui seuls pouvaient évaluer la on et la température. De nos jours encore, on trouve des Priestley savent pas ce que c’est qu'une pesée exacte. La science ne res- | stationnaire entre de telles mains, mais sa marche serait taine et lente.

a n thode de Lavoisier, au contraire, a permis à tout esprit juste re des découvertes en chimie. En apprenant aux chimistes e de la balance, du thermomètre, du baromètre et du calorimètre, ant leur attention sur les propriétés de la matière que l’on peut ttre à des déterminations numériques exactes, Lavoisier leur a des routes inconnues qui conduisent sûrement à la vérité. Il donné un sens nouveau ; il a ajouté à l'œil du chimiste, à ce

qui en scrute le fond. Depuis lors, on n’a rien trouvé de omme méthode, et voilà pourquoi Lavoisier a été le rénovateur

même temps que Lavoisier faisait entrer la précision des ents du physicien dans le laboratoire du chimiste, la rectitude jugement y portait des idées justes sur la constitution de la , Sur la nature des corps qui devaient être réputés simples. seulement à cette condition que la notion de poids et l'usage de ce pouvaient conduire à de grands résultats. On trouverait vant Lavoisier quelques mesures de précision dans l'étude des omènes chimiques ; mais, outre que le nombre en est si restreint, l'on compterait, par exemple, les pesées exactes qui ont été faites lui, il est essentiel de remarquer que les idées de Lavoisier sur lature des corps l'avaient mis en possession d’un principe nouveau fécond, dont on retrouve l'application dans presque tous ses ires, à savoir que les phénomènes chimiques peuvent se repré-

r par des équations.

est là un autre trait caractéristique de sa méthode

On connaît ces belles paroles : « Rien ne se créè, ni dans les opérations de l’art, ni dans celles de la nature, et l’on peut poser en principe que dans toute opération il y a une égale quantité de matière avant” et après l'opération ; que la qualité et la quantité des principes sont. les mêmes, et qu'il n’y a que des changements et des modifications d C’est sur ce principe qu'est fondé tout l’art de faire des expériene en chimie. On est obligé de supposer dans toutes une véritable égalité ou équation entre les principes du corps qu'on examine et ceux Lo on en retire par l'analyse. »

Rien ne se perd, rien ne se crée : admirable principe que le génie divinateur de Lavoisier appliquait déjà à la chaleur, et qui, étendu aujourd’hui à toutes les manifestations de la force dans la nature ouvre depuis quelques années aux sciences physiques et physiologiques des horizons sans bornes. Comparez maintenant, s’il est pos sible, la lumière de ces principes à l'obscurité des archées de Mam Helmont ou du phlogistique de Stahl, et vous comprendrez jusqu'à quel degré Lavoisier a rompu avec le passé et mérite d’être proclamé. le fondateur de la chimie moderne.

Qu'il me soit permis de dire en terminant cette étude, trop longue déjà pour le lecteur, trop courte et bien insuffisante à mon gré pour la | grandeur du sujet, le double intérêt d’utilité et de convenance morale qu’il faut attacher à la réimpression des œuvres scientifiques des hommes de génie. La condition des lettres et des sciences est bien différente. Les chefs-d’œuvre de la littérature ont un caractère de. beauté absolue qui est le principe tout à la fois de leur immortalité et de leur éternelle jeunesse. Si les grands écrivains de l'antiquité pou= vaient renaître un moment, ils seraient charmés de voir que rien dans leurs œuvres n’a vieilli, et qu'après les mille vicissitudes par lesquelles l’humanité a passé depuis qu’ils ont cessé de vivre, le temps n’a fait ) qu’accroître le nombre de leurs admirateurs. Le sort des pre hommes dans les sciences est bien différent.

Newton lui-même serait ébloui au récit des connaissances sciénis fiques de nos enfants.

C’est que le propre des découvertes scientifiques est de se surpasser les unes les autres. Le champ de la science est inépuisable. Plus il estremué, plus grands sont Les trésors qu’il offre à nos regards. Que de connaissances physiques et chimiques accumulées depuis

s par l’État, en réparation d’un grand crime, la spéculation e ne les eût jamais réunies.

; détails pourront vieillir, comme des formes et des modes tre temps ; pre le fond, la méthode constituent un de ces

due la lecture des travaux des inventeurs que la flamme 1108 s'allume et s s’entretient ; et c'est ainsi qu'il importe

ns avec celles du maître vénéré! Car je suis bien sûr ici le sentiment commun de tous les chimistes de l'Europe ant que personne mieux que M. Dumas n'a compris la beauté

se tenant plus près du modèle par l’ensemble des vues et

des découvertes. Il m'est bien doux de pouvoir confondre

uvre de réparation à la mémoire de Lavoisier, dont il a pris use initiative au nom de tous.

Page 1