LETTRE A M. QUESNEVILLE, DIRECTEUR DU MONITEUR SCIENTIFIQUE
Monsieur,
Vous terminez l’avant-propos dont vous avez accompagné ma lett e du 22 août, en disant que ce qui vous gêne le plus, lorsque vou rencontrez mon nom, c’est l’approbation dont l’Académie encourage mes efforts. Si le bonheur, hélas! était entre nos mains, je serais le plus heureux des hommes, car il y a vingt années, monsieur, que j'a le noble travers de ne vivre que pour mériter l'approbation a l’Académie et de m'attirer l’estime de savants tels que MM. Chevreul et Dumas, dont je ne vois pourtant jamais apparaître les noms sous. votre plume qu'avec l'ironie pour compagne. Mais vous ajoutez que les jour où mes dignes maîtres changeront d’opinion et mettront une >. « sourdine » aux témoignages de leur bienveillance — excessive, jé suis le premier à l’avouer et à en être couvert de confusion — vo changerez, vous, monsieur, vos critiques en éloges. Allons, je le vois. bien, mon vieil académicien avait raison (?) et j'ai sagement fait de lui prendre un peu de sa philosophie. Je vous suis mille fois cbliséi monsieur, de votre proposition, mais, je vous en supplie continue: 7 4 vos critiques. +
Ah! si j'avais plus d’âge et plus d’autorité et si j’osais, ne vous donner un conseil amical! Votre journal serait, à mon avis, l’un des mieux informés et des plus utiles si vous aviez le bon goût dy À supprimer les personnalités et le persiflage qui l’embarrassent. Vous savez à merveille choisir vos articles et vos rédacteurs. Vous avez e la bonne pensée de vous adresser à des hommes tels que MM. Gra tiolet, Kopp, Radau, Naquet, etc. Vous avez traduit le savant et. consciencieux rapport de M. Hofmann, publié les leçons de MM. Wurtz et Berthelot, etc... Mais ne compromettez-vous pas la dignité de læ science par vos plaisanteries inutiles et blessantes ? Le persiflagel mais c’est l’arme de l'ignorance. Que n’imitez-vous votre premier maître en comptes-rendus scientifiques, Fontenelle, avec sa doucen indulgence pour les fautes et sa discrétion aimable dans l’éloge !
Et la gloire de votre pays, est-ce qu’elle ne vous touche pas ? Est ce que des hommes qui, comme MM. Chevreul et Dumas, sacrifient leur vie au bien public n’ont pas droit à votre bienveillance ? ;
1. Moniteur scientifique, n° du 15 septembre 1866, VIII, p. 808. 2. Il s’agit des paroles de Biot citées par Pasteur p. 480. (Note de l'Édition. ï:
ue doit-on dire et penser à l’étranger de toutes ces appréciations voles de la plupart des organes de la presse française, soi-disant fique? À un jugement simple et vrai des découvertes qui ait d’une saine lecture, qui, en instruisant le public, éclairerait -être les auteurs eux-mêmes par la diversité des points de vue, stituent, presque sans discernement et le plus souvent avec la mesure des intérêts ou des passions individuels, ici l’éloge, là
“Pauvre France, me suis-je dit souvent, si la politique des premiersris est traitée avec cette légèreté, qu’il doit être difficile de tenir nes de l’État!
it pourtant combien est digne et utile la mission du journalisme tifique quand elle est exercée avec modération dans les opinions s personnes et précision dans les informations sur les choses. ais veuillez me pardonner, monsieur, ces conseils d'occasion et œux probablement superflus, en agréant l’assurance Les mes,
ss les plus distingués.