ACTE 11, SCÈNE II
GEOHCE.
Tout le monde est dehors.
H. dubhiacl;.
Madame Evrard aussi ?
Elle aussi : chacun a ses affaires, ici. Et moi, de leur absence, entre nous, je profite, Pour TOUS Taire, monsieur, ma petite visite : Je ne vous ai point vu depuis hier au soir.
Moi, j'ai de mon côté, grand plaisir à te voir.
GEORGE
Vous êtes tout pensif.
C'est cette solitude.
Vous devez en avoir contracté l'habitude.
On a peine à s'y Taire,... et le temps aujourd'hui Est sombre : tout cela me donne un peu d'ennui.
Vous êtes malheureux; jamais je ne m'ennuie : Qu'il fasse froid ou chaud, du soleii, de la pluie, Tout cela m'est égal, je suis toujours content.
Je le vois.
GEORGE
Je bénis mon sort à chaque instant :
Car, si je sui» joyeux, j'ai bien sujet de l'être : D'abord, J'ai le bonheur de servir un bon maître, Un cher parrain : ensuite, à l'emploi de portier J'ai, comme de raison, joint un petit métier : Une loge ne peut occuper seule un homme ; Et puis, écoutez donc, cela double la somme. Je fais tout doucement ma petite m^iison. Et j'amasse en été pour l'arrière -saison.
C'est bien fait. D'être heureux ce George fait envie.
Ajoutez à cela le charme de la vie,
Une femme : la mienne est un petit trésor ;
Elle a trente ans ; je crois qu'elle embellit encor. [franche: i
Point d'humeur; elle est gale, elle est bonne, elle es
Elle aime son cher George!... Uhl j'ai bien ma revanche
Dame, c'est qu'elle a soin du père, des enfants !..,
S84 LE VIKLX CÉLILATAIHE.
Aussi, sans nous vanter, les marmots sont charmants. Sans cesse autour de moi l'on pesse, l'on repasse ; C'est un mol, un coup d'oeil; et cela me délasse.
M. DUBRIAGË.
Mats cela te dérange.
L'n peu; mais le çlaîsir!...
Il faut bien se donner un moment de loisir : Cela n'empêche pas que la besogne n'aille ; Car moi, tout en riant, en causant, je travaille ', Mais, quand le soir.'bien tard, les travaux sont finis. Et qu'autour de la table on est tous réunis (Caria petite bande, à présent, soupe à table). Si vous saviez, monsieur, quel plaisir délectable ! Je me dis quelquefois : « Je ne suis qu'un portier : Mais souvent dans la loge on rit plus qu'au premier. •
H. DUBRIAGE.
Chacun est <Ians ce monde heureux à sa manière.
Ah I la nûtre est la vraie, et vous ne l'êtes guère, Heureux 1 C'est voire faute aussi ; car, entre nous. Pourquoi rester garçon? Il ne tenait qu'à vous. Dans votre étal, avec une grosse fortune. De trouver une femme, et dix mille pour une.
H. DUBBlAGIi:.
Que veux-tu ?... j'ai toujours aimé le célibat.
Célibat, dites-vous! c'est donc là votre état? Triste état, ai par là, comme je le soupçonne, On entend n'aimer rien, ne tenir à personne ! Vive le mariage ! Il faut se marier.
Riche ou non t et lenez, je m'en vais parier Que si Quelqu'un olfrait au plus pauvre des hommes Un hAtel, un carrosse, avec de grosses sommes, Pour qu'il véclït garçon, il dirait : ■ Grand merci ! Plutôt que d'être riche, et que de l'être ainsi. J'aime cent fois mieux vivre au fond de la campagne. Pauvre, grattant la lerre, auprès d'une compagne, a
OKÛRGK.
Ce que j'en dis, c'est par pure amilié ; C'est que, vraiment, monsieur, vous me faites pitié ;