Livre au temps éternel notre immuable sort
Dans ce temple où nos rois vont tous prendre leur place,
De leur trône au tombeau je mesurais l'espace,
Et l'orgueil de leur vie ajoutait à l'horreur
Que mon cœur ressentait dans ce lieu de douleur.
CLARiCE. Aimait-on Edouard?
jAKE GRAY. Sa longue maladie Altéra chaque jour et son ame et sa \ie ; Il n'était plus à lui quand , selon notre loi , Son âge lui permit de commander en roi.
CLARICE. Ah ! de Northumberland la cruelle régence...
JA?yE GRAY. Sur SCS torts désormais impose-toi silence. Son fiîs est mon époux; sa vaste ambition, Je le sais , effraya souvent la nation ; Il eût voulu, dit-on , en demeurer le maître : Fais grâce à ce désir, s'il est digne de l'être.
€LARicE. Il gouvernait le roi ; mais j'ai vu regretter Les vertus qu'Edouard aurait fait éclater.
JA^E GRAY. Souvent le cœur du peuple, avide d'espérance, Veut trouver tous les dons unis à la puissance ; Mais de la posséder si grand est le danger, Que d'avance les rois ne peuvent se juger. Contre Northumberland quoi que l'on ose dire , Sa main avec éclat a soutenu l'empire : Il fut cruel sans doute , en secret j'en gémis ; Mais en homme d'état il servit son pays. Enfin , entretiens-moi de l'objet que j'adore , Fais-m'en parler long-temps , et m'interroge encore.
CLARICE. Jeté vois, il est vrai, pour la première fois. Depuis que d'un époux tu reconnais les lois. Du fier Northumberland je hais le caractère ; Mais les vertus du fils font pardonner au père.
JA^E GRAY. Je ne te peindrai point l'excès de mon bonheur, Il m'effraye moi-même , et quelquefois mon cœur Craint d'avoir éprouvé dans le cours d'une année Tous les moments heureux faits pour sa destinée. Toi, qui lus dans ce cœur dès mes plusjeur.es ans , Et sus presque avant moi mes secrets sentiments , Tu connus ma douleur quand l'ordre de son père Défendit à Guilfort de prétendre à me plaire : Northumberland , séduit par de vastes projets,