ACTE I, SCÈNE I
Marchant toujours vers lui, se fait toujours sentir. CLABicE. Mon cœur craint de troubler ta douce confiance :
Mais je te dois enfin de rompre le silence. JA^E GRAY. Que veux-tu dire ? ô ciel !
cLARicE. Seulement apprends-moi
Si quelqu'un t'a parlé du testament du roi ;
Et si...
jA?tE GRAY. Northumberland doit au parlement même
Apprendre ce matin sa volonté suprême.
CLARICE. Tu ne devines pas quel est le successeur ? JANE GRAY. Mais cu pcut-ou doutcr ? le roi nomme sa sœur :
Marie est appelée au trône de son frère. CLARICE. Ne te souvient-il plus du destin de sa mère ?
Henri de Catherine osa briser les nœuds ,
Quand Anne de Boleyn fat l'objet de ses vœux.
Avant moi , disait-il , à mon frère accordée ,
C'est par l'inceste seul que je l'ai possédée.
Clément sept combattit ses desseins criminels,
Henri sut de son joug affranchir les autels ,
Et saisit le pouvoir qu'alors en Angleterre
L'Église interdisait aux princes de la terre ;
Mais cependant ce roi, que l'on voyait toujours
S'adresser à la loi pour servir ses amours,
Fatigué de Boleyn, et se plaisant à croire
Tous les faits dont fenvie a souillé sa mémoire,
La condamnant à mort par un injuste arrêt,
Laissa sans l'éclaircir le sort d'Elisabeth. JANE GRAY. Et Ics rois après eux consacrent-ils leurs crimes?
Ces enfants maintenant sont-ils illégitimes ? CLARICE. Mais de Northumberland les partisans secrets
De ces bruits répandus espèrent des effets ;
On te nomme ; Ton dit que le sang de ta mère
Doit te donner des droits au trône de son frère ;
Ton père dans Dublin prépare les esprits
Aux projets qu'aujourd'hui l'on doit voir accomplis.
Northumberland, jaloux de conserver l'empire.
Maître d'un jeune roi déjà dans le délire,
L'aura fait seconder ses plus hardis desseins ,
Et remettre en mourant le sceptre dans tes mains.
Elisabeth, à peine au printemps de sa vie ,
N'est point à redouter ; mais la fière Marie ,
De son illustre mère unique rejeton,
Comptant pour ses aïeux vingt rois de l'Aragon,
Instruite des projets que Ton forme contre elle ,
Intéresse une armée à servir sa querelle ;
Pembroke la commande, et Londres va le voir
Dans peu d'heures ici soutenir son pouvoir ;
Mon cœur avec transport te nommerait sa reine ,
Mais je crains les malheurs qu'un tel dessein entraîne.
JANE GRAY. 0 cicl ! sc pourrait-il ? quoi... Guilfort ! je le vois! La crainte me saisit pour la première fois.
CLARiGE. Je sors.