NORTHUMBERLAND; GUILFORT, JANE GRAY
NORTHiMB. Jusques à quand, mon fils, prétends-tu me forcer A souffrir de mon sort toute l'ignominie. Et me condamnes- tu plus lorg-temps à la vie?
(à Jane Gray.)
Vous qui de nos revers maintenant jouissez, Et dont les vœux secrets sont peut-être exaucés. Laissez-nous; aux douleurs mon ame abandonnée Par des malheureux seuls doit être environnée.
JANE GRAY. Celle qui détestait vos funestes grandeurs, La première, avec vous doit répandre des pleurs.
NORTHUMB. Que fait le parlement?
GuiLFORT. Il condamne lui-même Du testament du roi la volonté suprême : Dans ce dessein, dit- on, les pairs sont assemblés ; Ce sont eux, les premiers, que la crainte a troublés. Leur rang, qui de la cour les rapproche sans cesse. Sert à favoriser seulement leur bassesse ; L'esclavage toujours commence par les grands, Et les plus près du trône en sonjt plus dépendants. Parmi nos partisans plusieurs nous abandonnent; Les ombres du malheur déjà nous environnent : Nous n'avons pour amis que des cœurs généreux Qui veulent affronter notre avenir affreux.
NORTHU-MB. Aiusi, moufils, pour nous il n'est plus d'espérance! Mais combien puis-je encore acquitter de vengeance! Quel sang puis-je verser encore dans ce jour, Avant que tout le mien se répande à son tour I
JANE GRAY. Ah! seigncur, abjurez des desseins si coupables : Éloignez à jamais ces malheurs effroyables. Il vous faut, il est vrai, renoncer au pouvoir Dont vous avez joui, dont vous aviez l'espoir; Mais ne peut-on sans lui supporter cette vie ? Ah ! qu'il faudrait haïr le beau don du génie, S'il ne permettait plus d'être heureux par sou cœur î