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ACTE n, SCÈNE IV

De ce qui m'aime encor je m'éloigne à jamais ?

PembrokCj Somerset, dont j'ai craint la puissance,

Par le fer de la loi subirent ma vengeance :

Mon cœur de commander a le besoin fatal,

Et j'aime mieux la mort que souffrir un égal.

Ce n'est pas tout encor : la fureur qui me presse

Sollicite la haine, abhorre la tendresse.

J'ai combattu l'amour du malheureux Guilfort,

Avant que votre mère eût terminé son sort ;

A mes projets sur vous je la savais contraire ;

Certain après sa mort des vœux de votre père,

Je vous unis tous deux : je ne devinais pas

De sa fille aujourd'hui les sublimes combats;

L'excès de sa vertu passait ma prévoyance !

Enfin, pour conserver à jamais la régence,

Régner sous votre nom, j'osai donner au roi,

A ce jeune Edouard, qui se fiait à moi,

Un poison inconnu, dont la lenteur cruelle

Chaque jour lui portait une atteinte mortelle,

Attaquait sa raison par ses affreux effets.

Je le forçai bientôt à servir mes projets ;

Il signa l'acte enfin qui condamnait Marie ,

Et le jour qui suivit a terminé sa vie.

En est-ce assez enfin? pouvez -vous maintenant

Me parler d'un ciel pur, d'un cœur calme et content?

A la paix, au repos pour moi pourriez- vous croire?

Non ! Qu'on me donne un sort qui m'ôte la mémoire

Des crimes que j'ai faits, et du jour et de moi ;

Qui suspende en mon cœur le sentiment de soi ;

Enfin m'enivre assez pour oublier ma vie.

L'espérance, dit-on, de ce sort m'est ravie :

Eh bien ! c'est donc la mort, c'est la mort qu'il me faut !

Dans les combats, partout, même sur l'échafaud,

Qu'en expirant du moins, l'univers me contemple,

Et que de mon supplice on fasse un grand exemple :

J'aime mieux ce destin que l'odieuse paix

Dont tous mes souvenirs m'éloignent à jamais;

Il m'est plus assorti. Toi, mon fils, vole en France,

Suis ta femme ; l'amour t'a laissé l'espérance ;

Sa douce passion doit régner dans ton cœur ;

Je me flatte à présent que je te fais horreur.

Crois-moi, tu ne dois rien à ton coupable père :

Si j'ai su t'inspirer la vertu qui t'est chère,

C'est qu'en la bannissant pour jamais loin de moi ,

A mes secrets desseins elle servait en toi;

Je savais qu'animé par cette pure flamme,

Mon pouvoir deviendrait plus sacré pour ton ame.

Laisse-moi donc, Guilfort, laisse-moi seul mourir;

Loin d'un monstre, à jamais, va, c'est à toi de fuir.

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