‹ ŒuvresChapitre 129 sur 202 · PEMBROKE, JANE GRAY · texte numérisé non relu

PEMBROKE, JANE GRAY

PEMBROKE, sans la regarder.

Les temps sont bien changés : vous m'avez vu, madame , A vos pieds, retenu par ma fatale flamme , Attendre mon destin d'un regard de vos yeux ;

Votre cœur m'a rendu votre empire odieux ;

Délivré pour jamais de ma funeste chaîne ,

Vous parlant sans plaisir, vous écoutant sans peine,

De quel œil voyez-vous votre sort dépendant

De celui qui long-temps vous pria vainement? JANE GRAY. L'ou n'a point à rougir quand on n'est pas coupable ;

Mon cœur peut s'affliger du destin qui l'accable;

Mais puisque mon penchant a seul fixé mon choix ,

Au comble des honneurs sans regret je vous vois. PEMBROKE , à part. Elle m'insulte encore ; elle ose , la cruelle. . .

Non, ma rage serait un triomphe pour elle;

Elle y reconnaîtrait mon déplorable amour.

( A Jane Gray. )

Un intérêt plus cher doit peut-être en ce jour

Abaisser devant moi ce superbe courage ;

Peut-être pour Guilfort ferez-vous davantage. JANE GRAY. Je VOUS conuus , seigneur, trop généreux, trop grand,

Pour vous venger de moi sur un cœur innocent;

Mais , fussiez-vous changé , je dois à Guilfort même

De ne pas avilir devant vous ce qu'il aime ;

Et je confesserai l'amour que j'ai pour lui ,

Quand le nier devrait le servir aujourd'hui. PEMBROKE. Vous Ic pouvcz , madame, et moi je puis l'entendre;

Mon cœur d'aucun regret n'a plus à se défendre ;

Il ne m'en coûte pas pour vous sauver tous deux,

Et je puis sans effort me montrer généreux.

Le chancelier Surrey doit , dans cet instant même.

Transporter dans ces lieux son tribunal suprême ;

A la barre tous trois vous n'êtes point cités ,

De la commune loi vous êtes exceptés.

JANE GRAY. Seuls ici , saus témoins , quel tissu d'injustices !

On a donc prononcé d'avance nos supplices? PEMBROKE. Northumberland ne peut échapper à son sort,

Et sa rébellion a mérité la mort.

Mais si vous déclarez que dans cette journée

Vous n'avez point pris part à votre destinée ;

Que malgré vous au trône on vous faisait monter,

Et que vous-même enfin vous vouliez attester ;

Les titres de Marie à ce noble héritage ,

Elle s'appuie alors sur votre témoignage :

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