‹ ŒuvresChapitre 140 sur 202 · ACTE IV, SCÈNE III. 66 C · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. 66 C

J'arracherais l'objet que votre cœur adore ;

Qu'une seconde fois, vous immolant encore,

Je vous verrais pour lui sacrifier vos jours.

Et que votre amour même obtiendrait mes secours? JANE GRAY. Oui, je Tai cru , Pembroke, et je le crois encore ;

J'attends un tel effort du héros que j'honore ;

J'ose le défier de détromper mon cœur,

De descendre à mes yeux d'une telle hauteur. PEMBROKE. Non, ne l'espérez pas : soit force, soit faiblesse,

Je ne combattrai point la fureur qui me presse ;

Et l'odieux rival qui vient de m'enlever

Le bien inespéré de pouvoir vous sauver

Par mes propres secours recevrait l'existence !

Partout, de votre amour témoignant la puissance,

Sa vie attesterait que vous l'avez aimé ! JANE GRAY. Eh! de quel sentiment étiez-vous animé,

Quand vous daigniez tantôt le protéger encore? PEMBROKE. Ah ! je te haïssais, à présent je t'adore ;

Mon orgueil triomphait, l'amour règne en mon cœur;

Contre un rival heureux ii me rend ma fureur. JANE GRAY. Faudra-t-il donc, seigneur, regretter votre haine ?

Cet inflexible cœur qu'un fol amour enchaîne,

Par ma bouche imploré, me refuse aujourd'hui

L'effort que son orgueil put obtenir de lui. PEMBROKE. Ah! vous allcz périr, et j'ai traîné moi-même

Du trône à l'échafaud celle que mon cœur aime;

Par la pitié du ciel je conservais vos jours :

Vous-même à mon rival consacrez mes secours.

Vous mourrez à mes yeux, de ma fureur victime. JANE GRAY. Si votrc cœur pouvait se reprocher un crime,

Ah! qu'aisément encore il peut être expié!

Oui, que mon époux vive, et tout est oublié;

Oui, vous m'aurez rendu bien plus que cette vie.

Par vos armes remise au pouvoir de Marie.

Ah! si vous vous croyez, seigneur, mon assassin,

Otez-vous ce remords. Qu'importe mon destin,

Quand vous arracherez à la mort ce que j'aime?

Que me fait ce qui peut m'arriver à moi-même?

Vous vouliez me sauver, et vous me sauverez :

C'est moi dans mon époux que vous conserverez ;

<362 JANÉ GRAY.

Si mon cœur à moi même en effet le préfère,

Il faut plus que mes jours respecter ma prière. PEMBROKE. Elle m'atteste encor votre amour pour Guilfort ;

Elle doit m'irriter.

JANE GRAY. Je vais subir la mort ;

Dans une heure , ce cœur où votre amour aspire

Ne reconnaîtra plus que son funeste empire ;

Ces traits défigurés ne vous offriront plus

Les charmes dont vos yeux sont encore éperdus.

Pouvez-vous jusque là porter la jalousie?

Mon amour fera-t-il le bonheur de sa vie?

Et vous, si vous m'aimez, libre dans vos douleurs,

A ma mort comme lui vous donnerez des pleurs.

Si vous pouviez savoir, quand l'ame va descendre

Dans l'abîme des temps qu'elle ne peut comprendre.

Combien nos passions sont folles à ses yeux !

Elle conçoit encore un amour vertueux ;

Mais les rivalités, l'orgueil et la vengeance.

De son souvenir même ont disparu d'avance.

Ah! ne pourrai-je enfin attendrir votre cœur?

De mes derniers moments ferez- vous le malheur?

Voyez à vos genoux celle qui vous fut chère

Demander en tremblant l'effet de sa prière,

Et, tout près d'expirer, craindre plus devant vous

Que sous le fer mortel dont elle attend les coups. PEMBROKE. Vous, ô cicl , à mcs pieds!

JANE GRAY. J'y finirai ma vie,

Si c'est toujours en vain que ma voix vous supplie. PEMBROKE. Aux tourmcnts que j'endure est-il un sort égal?

Quoi! par excès d'amour je sauve mon rival ! JANE GRAY. Vous l'avcz dît, scigncur, j'en reçois la promesse;

Du bonheur un moment je vous devrai l'ivresse.

PEMBROKE. Il vivra donc sans vous?

JANE GRAY. Il faudra le tromper,

Lui dire qu'en secret on m'a fait échapper,

Que nous nous rejoindrons dans peu de jours en France.

C'est ainsi qu'il pourra supporter l'existence ;

Il la refuserait s'il perdait cet espoir.

Peut' être que le temps...

PEMBROKE. S'il connaît son pouvoir,

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