SCÈNE IV
JAINE GRAY^CLARICE.
jAiNE GRAY. Ah ! mou époux vivra, ma courageuse amie.
Dans la tombe, où déjà je suis ensevelie,
Tu descends sans frémir î
CLARicE. Quel aspect, justes cieux !
D'un ange de vertu c'est le séjour affreux.
Ah ! je verse des pleurs de douleur et de rage. .iA>E GRAY. Je ne me pare point d'un fastueux courage,
Je regrette la vie, et je pense à ma mort
Depuis que je n'ai plus à craindre pour Guilfort. CLARICE. Comment?
jAî^E GRAY. Pembroke a su, par un bonheur extrême
Découvrir un moyen de sauver ce que j'aime. CLARICE. Lui seul ?
JANE GRAY. A l'uu dcs dcux cc moycu peut servir. CLARICE, Et ton cœur généreux a mieux aimé mourir?
JANE GRAY. Exister après lui ! prête à perdre la vie,
L'amour s'accroît encor par la mélancolie ;
Et du néant de tout plus le cœur est frappé,
Plus il chérit l'objet dont il reste occupé.
Mais de ton amitié, ma Clarice, j'implore,
Quand je ne serai plus, une faveur encore. CLARicE. Ah! si je te survis, c'est pour remplir tes vœux. JANE GRAY. Pcmbrokc doit tromper mon époux malheureux.
Pour lui faire accepter le don de l'existence ,
Il faut de me revoir lui laisser l'espérance :
Tu le suivras en France ; et là de son erreur
Tu sauras par degrés désabuser son cœur.
Je remets ses destins aux soins de mon amie;
Réponds-moi du dépôt qu'ainsi je te confie. CLARICE. Que lui dirai-je, hélas ! quand il saura ta mort?
De mol peut-il apprendre à souffrir un tel sort? JANE GRAY. A SOU cœur malheureux que ta voix fasse entendre
Des consolations la langue douce et tendre.
Attache son espoir au suprême avenir ;
Mais que le temps présent soit pour mon souvenir :
Oui, pour le consoler, n'éteins point dans son ame
De son amour pour moi la vive et pure flamme ;
Laisse lui des regrets , je veux les conserver ;
A de plus grands efforts je ne puis m'élever.
Mon cœur peut, s'il le faut , renoncer à la vie;
Mais cesser d'exister dans son ame attendrie ,
Du néant de la mort c'est connaître l'horreur.
S'il voulait terminer ses jours et son malheur.
Ma Clarice , dis -lui qu'il conserve la vie
Comme le dernier don que lui fait son amie,
Et qu'il prolongera mes destins après moi ,
Si mes derniers désirs sont à jamais sa loi :
Ose invoquer mon nom , interroge ma cendre ;
Que son esprit troublé pense toujours m'entendre.
Ah ! peut-être notre ombre erre encor près du cœur
Qu elle attend même au ciel pour goûter le bonheur ;
Devant l'Être suprême on peut aimer encore , Garder le souvenir de l'objet qu'on adore, Sans profaner par lui le séjour éternel. CLARICE. Tu t'élances déjà vers ton sort immortel ,