ACTE IV, SCÈNE V
Et je crois dans tes yeux en lire le présage .
Mais faut-il dans mon cœur que j'étouffe ma rage ,
Que je voie la reine avide de ta mort ,
Quand toi-même aujourd'hui tu protégeais son sort ,
Quand Pembroke à ses pieds jure ton innocence ,
Lorsque la voix du sang implore sa clémence?
Et ce peuple abattu qui semblait ce matin
Livrer avec plaisir à tes lois son destin,
Content dès qu'il est sûr de ramper sous un maitre^
Le défend même avant qu'il ait pu le connaître.
Les rois de leur pouvoir paraissent moins jouir
Que les lâches sujets qui doivent obéir. JA>E GRAY. Ah ! des Anglais , Clarice , espère davantage :
Non, leur cœur n'est pas né pour souffrir Tesclavage;
Un jour du joug commun ils se délivreront ,
Pour l'intérêt public ils se réuniront.
Des hommes rassemblés les décrets sont suprêmes :
Ils peuvent annuler ce qu'ils ont fait eux-mêmes ;
Le pacte social ainsi recommencé
Ne permet plus aux rois d'alléguer le passé. CLARICE. Quand ta prédiction devrait être accomplie ,
Que de maux à souffrir tant que vivra Marie ! JANE GRAY. Ellc hâtc l'iustant de votre liberté.
Craignez l'accroissement qu'obtient l'autorité ,
Quand les rois font aimer leur' suprême puissance :
Soumis à leurs décrets comme à la Providence,
Leurs sujets imprudents renoncent à leurs droits;
L'indolence se plaît à recevoir des lois ,
Et le bonheur présent exclut la prévoyance :
Mais quand le despotisme excite la vengeance ,
Quand un pouvoir cruel est partout détesté ,
C'est alors que l'on est près de la liberté.
Les pères indignés meurent avec courage,
Pour laisser à leurs fils ce superbe héritage,