‹ ŒuvresChapitre 151 sur 202 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

GLILFORT. Que Dous étions heureux!

JANE GRAY. Par la reconnaissance

Il faut s'en souvenir.

GuiLFORT. Divine Providence !

Qu'a-t-elle fait, hélas! pour mériter la mort? JANE GBAY. Le tcmps aurait peut-être altéré notre sort.

Et notre cœur un jour, glacé par la vieillesse,

Eût de la passion moins ressenti l'ivresse.

Nous mourons tout entiers; notre dernier soupir

D'un cœur brûlant d'araour peut encore sortir. GuiLFORT. Mes regards enivrés, fixés sur ce que j'aime,

Suspendront dans mon cœur l'effroi de la mort même.

Je le crois, quand on s'aime il n'est plus de malheur ;

hts vrais maux des humains sont tous au fond du cœur,

Et c'est assez pour lui de Tamour qu'il inspire.

Ah ! de la passion je sens que le délire

Peut m'exaltei' assez pour mêler du plaisir

A l'horreur que ce jour doit faire ressentir. JANE GRAY. Ensemble jusqu'au ciel élevons notre hommage ;

Que la religion nous donne un saint courage.

ISous nous remettons trop au pouvoir de l'amour.

( On entend un tambour couvert de crêpe.)

GUILFORT. Grand Dieu ! quel son lugubre on entend dans la Tour ! JANE GRAY. C'cst le Signal affreux de la mort de ton père. GUILFORT. 0 ciel! c'est trop long-temps prolonger ma carrière.

Hélas ! que t'a-t-il dit à son dernier moment? JANE GRAY. J'ai voulu vcrs son Dieu l'entraîner vainement. GUILFORT. Ah! n'importe, pour lui j'implore ta prière ;

Du père et de son fils sois l'ange tutélaire.

Tu vas me présenter au séjour éternel :

L'objet qui te fut cher te suivra dans le ciel.

Page 1