‹ ŒuvresChapitre 159 sur 202 · ACTE I , SCÈNE T. 67d · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE T. 67d

Et Sophie, à mes yeux , n'est-elle pas sacrée? LORD HENRI. Je VOUS respccte trop pour vous craindre un moment ;

Mais je redoute , hélas ! un autre sentiment,

Dont je vois chaque jour'les progrès et l'empire. LE COMTE. Que pensez-vousP^ô ciel...

LORD HENRI. Il faut donc vous le dire?

De Sophie, en un mot, vous êtes adoré.

Ce secret d'elle-même est encore ignoré ;

Mais l'amour à l'amour ne j3eut se méconnaître :

Votre ame, votre esprit, malgré vous l'ont fait naître.

Ah! croyez que je vois à[des signes certains

Ce sentiment vainqueur, obstacle'à mes desseins.

Tantôt elle regarde avec des yeux de mère

Cécile, votre fille, image de son père;

Tantôt, en vous parlant, elle tremble et rougit.

Son trouble ne vient pas de ce^qu'elle vous dit :

Ces jardins, qu'elle-même embellit pour vous plaire,

Prêtent à ses soupirs une ombre solitaire ;

Et sur ce pavillon où vous]vous retirez ,

Où jamais jusqu'ici nous ne sommes entrés ,

Ses beaux yeux inquiets vont s'attacher sans cesse :

C'est alors que sans crainte ils peignent la tendresse,

Et , n'osant vous fixer, la trace de vos pas

Captive les regards que vous n'obtenez pas. LE COMTE. Voilà bien d'un amant l'insensé caractère!

Un coup d'oeil lui suffit pour croire à sa chimère. LORD HENRI. Par l'amour, il est vrai , l'on peut être égaré;

Mais par lui plus souvent l'on doit être éclairé. LE COMTE. Un semblable soupçon outragerait Sophie. LORD HENRI. Moi , l'outragcr! 0 ciel , plutôt perdre la vie !

Dans le fond de son cœur jamais elle n'a lu ,

Et n'a point triomphé , n'ayant point combattu.

Mais je la vois paraître : ah! gardez qu'on l'éclairé;

Que ses vrais sentiments soient pour elle un mystère ;

Et si jamais un jour je possède sa foi ,

Elle , au moins , pensera qu'elle n'aima que moi.

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