ACTE m, SCENE m
Quoi ! dans ce pavillon... Ciel ! je puis ; ciel ! je veux. Cette clef, dans mes mains heureusement restée , Pourrait... De quel désir je me sens agitée ! Il ne m'avait donné le droit de m'en servir Que si la mort, hélas !... Comment ne pas rouvrir? Dans ce lieu l'on saura le secret de son ame, Il Ta dit... Si l'objet de sa coupable flamme De moi seule est connu, le saura-t-on jamais? C'est moi qu'il choisissait pour savoir ses secrets. Mais quel vain soin je prends pour trouver une excuse ! Coupable que je suis, est-ce moi que j'abuse? De quel voile à mes yeux couvrer mon action? Quand je ne sens en moi rien que ma passion, Quand elle règne seule ? Ah ! qui pourrait connaître Dans quel état je suis, n'oserait pas peut-être Condamner ma faiblesse et juger mon erreur. Malheureuse 1 je cours au-devant du malheur !
Elle ouvre le pavillon; on voit le buste de Sophie, couronné de fleurs, d«tns le fond
du pavillon. )
Mon buste! juste ciel !... Je me meurs!...
LE COMTE arrive 'précipitamment. Ah! Sophie, Qu'avez- vous fait? hélas! quoi ! vous m'avez trahie? Je venais demander, je croyais que ton cœur Respecterait mes lois : ah ! quelle est ma douleur ! Sortez, fuyez d'ici, fuyez un misérable, Malgré tous ses efforts, par vous rendu coupable.
(Il l'entraîne hors du pavillon. )
SOPHIE. Apaise ce courroux : quel est ton ascendant ?
Quand je connais ton cœur, quoi ! le mien est tremblant \
Tu m'aimes, je le vois ; mais ton ame sublime
De ton coupable amour efface encor le crime;
Et de ton sentiment le malheureux objet
Plus que toi doit trembler en sachant ton secret.
Je rougis à tes yeux...
LE COMTE. Oui, tu Ic dois, cruelle,
Lorsqu'à tous les devoirs tu me rends infidèle,
A mon ami, ma femme ; oui, je dois me haïr,
Et je m'accuse seul, quand tu m'as su trahir, SOPHIE. Ne crains rien ; mon devoir, mon désespoir commence :
Ton amour seul pouvait accroître ma souffrance.
Va, tu peux me parler, tu le peux une fois ;
De ton cœur malbenreux laisse échapper la voix. Dis, cruel, dis, Je t'aime : accorde à ta Sophie Ce souvenir d'un jour, qui suffise à sa vie.
LE COMTE. Coupable, tu le veux, il faut tout déclarer. Oui, loin de toi , c'est là que j'osais t'adorer. Je rêvais le bonheur dans cette solitude , Je t'aimais là sans trouble et sans inquiétude. Je ne condamnais pas mes secrètes douleurs : Tu viens de m'arracher le charme de mes pleurs. De l'amour quelquefois jusqu'où va le délire ! L'imagination soulageait mon martyre, Et dans ce temple, où nul ne pénétra que moi, Où toute ma pensée était toujours à toi, Je croyais, plus qu'ailleurs, et te voir et t'entendre : Les erreurs de l'amour ne peuvent se comprendre ! J'éprouvaîS en entrant ce doux frémissement Qivii ton approche, hélas ! mon cœur toujours ressent. Mais quels devoirs, ô ciel 1 m'imposaient le silence! Quoi ! de mon bienfaiteur je détruis l'espérance! Ma femme ! Je succombe à l'amour, à l'effroi ; Je crains l'instant qui va me ramener à moi. Je tremble que ton cœur ne soit aussi coupable j Et s'il ne Tétait pas, je serais misérable. Je veux te voir toujours... ou te quitter... Je veux.. Calme, calme, il le faut, mon désespoir affreux ; Mets ta main sur mon cœur, et guéris ma blessure; Sauve-moi par pitié du destin que j'endure.
sorHiE. Je le sens, c'est à moi de finir ton malheur; Le sacrifice est fait : d'un instant de bonheur, Par-3onne-moi, grand Dieu , la triste jouissance ; Je saurai l'expier par ma longue souffrance. Mon ami, vous allez lire au fond de mon cœur. J'ignore si j'augmente encor votre douleur ; Mais rien dissimuler, dans ce moment terrible. Comme au dernier de tous, me paraît impossible. Je vous aimai toujours : ce criminel amour Régnait à mon insu dans mon cœur sans détour. La comtesse, vous-même, avertissez mon ame. Jouissez d'inspirer une si vive flamme ; Jouissez d'être aimé, ressentez ce bonh<^ur,