‹ ŒuvresChapitre 97 sur 202 · ARTICLES DE MADAME DE STAËL · texte numérisé non relu

ARTICLES DE MADAME DE STAËL

INSÉRÉS DANS LA BIOGRAPHIE UNIVERSELLE, TOMES JI, VI ET IX ('81! À 1813;.

ASPASIE. Lorsqu'on est appelé à caractériser les femmes de l'antiquité , et surtout de la Grèce, on éprouve un genre d'embarras très pénible; on est séduit par leurs talents, et repoussé par leur conduite. Rarement les femmes illustres, à cette époque de la civilisation , méritaient tout à la fois l'admiration et l'estime ; et parmi les bienfaits sans nombre de la religion chrétienne , il faut compter 1 introduction de ces mœurs sociales et pures qui permettent aux femmes de se montrer sans s'avilir, et de manifester leur ame sans souiller leur réputation. Aspasie naquit àMilet, eu lonie ; elle était fille d'Axiuchus. On prétend que les femmes de l'Asie mineure étaient plus belles que celles d'Athènes. L'Asie a quelque chose de merveilleux qu'on retrouve sous mille formes diverses. Une autre beauté d'Ionie , Thargélie, avait, avant Aspasie , donné l'exemple de la singulière réunion des talents politiques et littéraires, avec toutes les grâces de son sexe. Il paraît qu' Aspasie la prit pour modèle, quoiqu'elle ne consacrât pas , comme Thargélie , ses moyens de plaire à faire des partisans au roi de Perse. Les femmes étrangères étaient, pour ainsi dire , proscrites par les lois d'Aihènes , puisque leurs enfants, nés dans le mariage, ne pouvaient èire considérés comme légitimes : peut-ê^re cette situation contribua-t-elle à placer Aspasie dans la classe des courtisanes. Quand l'ordre social est injuste , les individus sur lesquels il pèse s'affranchissent souvent de toutes les barrières, irrités qu'ils sont de n'avoir pas été protégés par elles. Dans les monarchies, on se sent une sorte d'éloignement pour les femmes qui se mêlent des affaires publiques ; il semble qu'elfes deviennent les rivales des hommes, en usurpant la carrière dans laquelle i's peuvent se mouvoir ; mais dans une républque, la politique étant le premier intérêt de tous les hommes, ils ne seraient point associés du fond de l'ame avec les femmes qui ne partageraient pas cet intérêt. Aspasie s'occupa donc d'une manière remarquable de l'art des gouvernements, et en particulier de l'éloquence , l'arme la plus puissante des pays libres. Platon, dans son dialogue de Menexène, cite une très belle harangue d' Aspasie en l'honneur des Athéniens morts à Léchée. Il dit qu'elle avait en-

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