‹ ŒuvresChapitre 98 sur 202 · C08 ARTICLES INSÉRÉS · texte numérisé non relu

C08 ARTICLES INSÉRÉS

seigné l'art oratoire à Périclès. Le poète élégiaque Hermésiaiiax nous peint Socrate comme amoureux d'Aspasie : « Vénus, dit-il, « se vengea sur lui de son austère sagesse, en Tenflammant pour « Aspasie; son esprit profond n'était plus occupé que des frivoles « inquiétudes de l'amour. Toujours il inventait de nouveaux préci textes pour retourner chez Aspasie ; et lui, qui avait démêlé la « vérité dans les sophismes les plus tortueux, ne pouvait trouver « d'issue aux détours de son propre cœur. » Aspasie elle-même adressa des vers à Socrate , pour le consoler de l'amour malheureux qu'il ressentait ; mais il est permis de penser qu'elle s'enorgueillissait un peu d'un empire dont Socrate pouvait toujours se dégager à son gré. La gloire de la vie d' Aspasie , ce fut le sentiment sincère et durable qu'elle sut inspirer à Périclès, à ce granà homme , qui savait être à la fois citoyen et roi d'une république. On l'avait surnommé Jupiter Olympien, et sa compagne Aspasie fut appelée Junon : il avait d'elle un fils naturel. Toutefois , l'égarement de la passion ne suffit point à son bonheur; il voulut contracter des liens plus intimes avec elle , et se sépara de sa femme pour épouser Aspasie. Plutarque raconte qu'il avait pow^ elle la tendresse conjugale la plus parfaite : un tel sentiment peutil être inspiré par une femme dépravée? Aspasie fat accusée d'avoir été la cause de deux guerres entre les Athéniens et les Samiens, à cause de Milet, sa patrie ; et eiitre les Athéniens et les Lacédémonit ns , à l'occasion de la ville de Mégare. Plutarque la justifie de ce tort, et Thucydide ne prononce pas son nom , en racontant avec détail toutes les causes de la longue guerre du Péloponèse.Le seul Aristophane désigne Aspasie comme en étant lacause; mais Aristophane attaquait tous ceux dont la réputation faisait du bruit dans Athènes, parceque le succès de ses comédies tenait non seulement au brillant de son esprit, mais à l'audace de son caractère. D'ailleurs, dès qu'une femme a du crédit sur les chefs de l'état , il est impossible qu'on ne lui attribue pas les revers quelconques qui tombent sur la chose publique ou sur les particuliers. L'imagination s'exerce sur la puissance secrète dont personne ne peut calculer l'étendue , et les malheureux aiment à s'en prendre de ce qu'ils souffrent à ce qu'ils ignorent. Le peuple d'Athènes, irrité contre Périclès, intenta des procès, pour cause d'impiété, à Anaxagore, à Phidias et à Aspasie. Il poursuivait les premiers objets de l'affection de Périclès, n'osant pas s'attaquer à lui-même. Périclès ne put sauver de l'exil Anaxagore ni Phidias; mais, au mi-

lieu de l'aréopage, il versa des larmes en défendant Aspasie. Le sentiment qu'on dut éprouver en voyant une ame si forte atteinte par une émotion si touchante désarma les juges. Périclès mourut la troisième année delà guerre du Péloponnèse, et l'on dit qu' Aspasie , l'amie de Socrate, la compagne de Périclès, l'objet des hommages d'Alcibiade, s'attacha dans la suite à un homme obscur et vulgaire, nommé Lysiclès ; mais bientôt elle le pénétra de son ame, et il acquit en peu de temps un grand pouvoir dans Athènes. Quelques poètes comiques du temps ont accusé Aspasie de tenir une école de mauvaises mœurs , et d'en donner à la fois l'exemple et le précepte. Peut-être la jalousie qu'inspiraient ses rares talents et sa brillante existence a-t elle envenimé ces imputations. On a vu plusieurs exemples , à Paris, de femmes qui réunissaient autour d'elles le cercle le plus distingué , et sans lesquelles les hommes d'esprit de France n'auraient pu goûter le plaisir de se communiquer entre eux^ et de s'encourager mutuellement • mais l'ascendant d' Aspasie était d'une tout autre nature : on aimait à l'admirer comme orateur, tandis qu'en France la parole n'était jamais qu'un jeu facile et léger. Aspasie influait sur la nation entière , dont elle pouvait presque se faire entendre ; car le nombre des citoyens qui formaient l'état politique d'Athènes était singulièrement resserré. Les beaux-arts se reproduisaient en Grèce sous toutes les formes. Non seulement l'éloquence, mais la science du gouvernement elle-même, était inspirée par une sorte d'esprit artiste qui prenait naissance d^ns les mœurs et la religion des Athéniens. Ce pouvoir universel de l'imagination donnait un grand empire à Aspasie , puisqu'elle en connaissait tous les secrets. S'enivrer de la vie était presque un devoir dans le culte des Athéniens. Le renoncement au monde et à ses pompes doit être la vertu des modernes : il est donc impossible de juger d'après les mêmes principes deux époques si différentes dans l'histoire des sentiments humains. Un poète allemand a donné à une femme le nom de sainte Aspasie : ce serait une belle chose en effet que de réunir toute la magie de la culture poétique des Grecs avec la sévérité de morale qui fortifie l'arae , et peut seule lui donner du sérieux et de la profondeur. Le nom d'Aspasie était devenu tellement célèbre, que le jeune Cyrus le fit prendre à sa maîtresse MiîtOj afin d'exprimer ainsi l'enthousiasme qu'il éprouvait pour ses grâces et pour ses charmes. Aspasie signifiait la plus aimable des femmes ; comme Alexandre le plus grand des héros. Appeler

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nue femme Aspasie, c'était presque la comparer à quelque divinité de la Fable ; car , en Grèce , les hommes et les femmes célèbres , dans quelque genre que ce fut , se confondaient bien vite avec les habitants de l'Olympe , qui touchait de si près à la terre.

CAMOENS ( Louis ), le p'us célèbre des poètes portugais, naquit à Lisbonne en 1517. Son père était d'une famille noble, et sa mère de l'illustre maison de Sa. Il fit ses études à Coïmbre. Les hommes qui dirigeaient l'éducation dans cette ville n'estimaient en littérature que Timilation des anciens. Le génie de Camoer.s était inspiré par l'histoire de son pays et les mœurs de sou siècle; ses poésies lyriques surtout appartiennent, comme les œuvres du Dante, de Pétrarque, de l'Arioste et du Tasse, à la littérature renouvelée par le christianisme, et à l'esprit chevaleresque, plutôt qu'à la littérature purement classique; c'est pourquoi les partisans de cette dernière, très nombreux du temps de Camoens, n'applaudirent point à ses premiers pas dans la carrière. Après avoir fini ses études, il revint à Lisbonne. Catherine d'Attayde, dame du palais, lui inspira l'amour le plus vif. Les passions ardentes sont souvent réunies aux grands talents naturels. La vie de Camoens fut tour à tour consumée par ses sentiments et par son génie. Il fut exilé à San+arem , à cause[des querelles que lui attira son attachement pour Catherine; là, dans sa retraite, il comp'^sa des poésies détachées qui exprimaient l'état de son ame, et l'on peut suivre le cours de son histoire par les différents genres d'impressions qui se peignent dans ses écrits. Désespéré de sa situation, il se fit soldat, et servit dans la Hotte que les Portugais envoyèrent contre les habitants de Maroc. Il composait des vers au milieu des batailles, et tour à tour les périls de la guerre animaient sa verve poétique , et la verve poétique exaltait son courage miliaire. Il perdit l'œil droit d'un coup de fusil devant Ceuta. De retour à Lisbonne, il espérait au moins que ses blessures seraient récompensées, si son talent était méconnu; mais quoiqu'il eût de doubles titres à la faveur de son gouvernement, il rencontra de grands obstacles. Les envieux ont souvent l'art de détruire un mérite par l'autre , au lieu de les relever tous deux par un mutuel éclat. Camoens, justement indigné de l'oubli dans lequel on le laissait, s'embarqua pour les Indes en 1553, et dit, comme Scipion, adieu à sa patrie, en protestant que ses cendres mêmes n'y seraient poiut déposées. Il arriva

dans rinde, à Goa, l'un des établissements les plus célèbres des Portugais. Son imagination fut frappée par les exploits de ses compatriotes dans cette antique partie du monde ; et bien qu'il €Ùt à se plaindre d'eux, il se plut à consacrer leur gloire dans un poëme épique; mais la même vivacité d'imagination qui fait les grands poètes rend très difficiles les ménagements qu'exige une position dépendante. Camoens fut révolté par les abus qui se commettaient dans l'administration des affaires de l'Inde, et il composa sur ce sujet une satire dont le vice-roi de Goa fut si indigné, qu'il l'exila à Macao. C'est là qu'il vécut plusieurs années, n'ayant pour toute société qu'un ciel plus magnifique encore que celui de sa patrie, et ce bel Oiient, justement appelé le berceau du monde ; il y composa la Lusiade, et peut-être , dans une situation aussi singulière, ce poëme devrait-il être encore d'une conception plus hardie. L'expédition de Yasco de Gama dans les Indes, l'intrépidité de cette navigation, qui n'avait jamais été tentée jusqu'alors, est le sujet de cet ouvrage. Ce qu'on en connaît le plus généralement , c'est Tépisode d'Inès de Castro , et l'appariiiou d'Adamastor, ce génie des tempêtes qui veut arrêter Gama , lorsqu'il est près de doubler le cap de Bonne-Espérance. Le reste du poëme est soutenu par l'art avec lequel Camoens a su mêler les récits de l'histoire portugaise à la splendeur de la poésie, et la dévotion chrétienne aux fables du paganisme. On lui a fait un tort de cette alliance ; mais il ne nous semble pas qu'elle produise dans sa Lusiade une impression discordante : on y scLt très bien que le christianisme est la réalité de la vie, et le paganisme la parure des fêtes; et l'on trouve une sorte de délicatesse à ne pas se servir de ce qui est saint pour les jeux du génie même. Camoens avait d'ailleurs des motifs ingénieux pour introduire la mythologie dans son poëme. Il se plaisait à rappeler l'origine romaine des Portugais, et Mars et Vénus étaient considérés non seulement comme les divinités tutélaires des Romains, mais aussi comme leurs ancêtres. La Fable attribuant à Bacchus la première conquête de l'Inde , il é^ait naturel de le représenter comme jaloux de l'entreprise des Portugais. Iséanmoins, cet emploi de la mythologie , et quelques autres imitations des ouvrages classiques, nuisent, ce me semble, à l'originalité des tableaux qu'on s'attend à trouver dans un poëme où l'Inde et l'Afrique sont décrites par celui qui les a lui-même parcourues. Un Portugais devrait être moins frappé que nous des beautés de la nature du

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