I.KTTKKS DE 3IAI)AME DE SANCKHRE
lis; elle me croyoit une personne fort extraordinaire; elle lui étonnée de ne trouver en moi qu'une femme douce et triste. Peu à peu nous nous liâmes d'une amitié très-tendre. M. de Martigues me visitoit souvent ; quand il faisoit de petits voyages autour de sa demeure, il laissoit la comtesse à Mondelis. Sa mort me loucha; elle arriva deux ans avant celle de M. de Sancerre. Madame de Martigues, riche et libre, courut à Paris. Je n'espérois pas la revoir; mais plus solide en amitié que je ne le pensois, elle reparut bientôt à Mondelis, conduisant avec elle madame de Mirande qu'elle venoit d'enlever du couvent et vouloit soustraire aux recherches et à Paulorité de M. de Méri. Veuve à dix-huit ans, bornée à un douaire modique et mal assuré, sans aulre appui que la tendresse de son oncle, madame de Mirande, déjà sensible pour Termes, refusoit un riche parti, et s'exposoit à é!re déshéritée par la démarche imprudente que madame de Martigues lui avoit conseillée.
La situation de cette jeune et jolie personne la rendoit aussi intéressante que son naturel doux et l'agrément de son esprit prévenoient en sa faveur. Pupille de son oncle, élevée avec elle, madame de Martigues l'aimoit depuis son enfance : je me trouvai heureuse qu'elle eût choisi Mondelis pour servir d'asile à son amie. Vous savez que depuis nous ne nous sommes jamais séparées. Madame de Martigues alloit et venoit sans cesse de Paris à Mondelis ; les plaisirs qu'elle étoit avide de goûter furent souvent sacrifiés à la douceur de nous prouver sa sincère amitié ; mais madame de Mirande ne quitta ma relraite qu'avec moi.
Que vous dirai -je encore, mon cher comte? Après la mort de M. de Sancerre, vous vîntes à Mondelis; des arrangements nécessaires me rappelèrent à Paris ; je reparus dans le monde, on sembla m'y revoir avec plaisir. Comme je n'avois que viu'^ldcux ans, madame de Fiers conseiitit à en passer trois avec moi ; depuis six mois elle a désiré lentrer au couvent pour s'y livrer tout enlière à de pieux exercices. Vous savez avec quel regiel
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je me suis séparée d'elle; je la vois souvent. Mon ami, le calme de son cœur, sa vie tranquille excitent quelquefois mon envie ; il est des moments où je suis prêle à tout quitter, à me renfermer avec elle. N'est-on pas heureuse quand on est paisible? Vous m'allez dire : Eh ! nel'ôles-vous pas, paisible? Mais non, non, en vérité. Je ne sais quelle inquiétude^ quel ennui... Adieu, brûlez tout ce que vous m'avez forcée d'écrire.