XVIII< LETTRE
Paris.
Vous avez reçu la lettre de l'aimable comtesse de Termes, celle de son heureux mari. Madame de Marligues vous conte tous les anmsements, toutes les magniticences de la fêle ; je ne vous dirai donc rien d'une fêle si longtemps désirée ; quand vous reviendrez, on en parlera sans doute encore ; le caractère des deux époux m'assure qu'ils sentiront toujours du plaisir à se la rappeler.
Nous arrivâmes chez madame de Comminges ; le marquis de Montalais nous y attendoit. M. de Comminges, venu le premier, trouva plaisant de le cacher, de demander la permission de nous présenter un provincial, son parent, bon homme, un peu épais, même assez ennuyeux ; on se regardoit, on s'inclinoit de mauvaise grâce. Madame de Marligues bâilloit déjà ; en apercevant 1-e marquis, elle poussa des cris de joie. Le souper fut trésgai ; nous devions nous retirer avant minuit ; trois heures sonnoient quand on s'avisa de regarder s'il n'étoit pas un peu tard.
La fm de votre dernière lettre pourroit s'interpréter singulièrement. J'imagine qu'elle est écrite sans attention et sans dessein; cependant plus je la relis... Quelles expressions sont échappées à votre plume I vous n'en avez pas senti la force; il
LETTRES DE MADAME DE SANCEllRE. 145
seioit ridicule de vous supposer des idées... Je ne sais; mais vous m'alarmeriez sur l'état de mon âme, si j'étois moins sûre... Troublée^ agitée! Est-il vrai ? Quoi ! je vous parois troublée? Moi! j'éprouve comme une autre des dégoûts passagers, un ennui momentané ; cela mérite-t-il de sérieuses réflexions? Mon ami, je ne veux plus réfléchir ; plus on pense, plus on s'attriste.
Vos propos m'inquiètent : mon style est plus grave, mon humeur est changée ; Vinégalité de mon esprit vous porte à douter de la paix demotvcœur : je vous ai dépendu, positivement défendu de m'interroger sur V objet de ma sincère estime? Quoi, comment, que voulez- vous me faire entendre? Eh ! dans quel temps cette défense û positive? je ne m'en souviens point du tout.
Deux lignes après, vous me demandez ce que je pense de M. de Montalais. Ou vous êtes distrait, ou vous ne lisez pas mes lettres ; je vous ai dit sur le marquis tout ce qu'il m'est possible de vous dire : mes sentiments à son égard ne peuvent varier. Je ne veux pas croire cette tournure maligne ; je hais la finesse, je me reprocherois d'en soupçonner un ami.
Madame de Termes est accablée de visites : elle envoie à tous moments me prier de passer dans son appartement, je vais lui aider à recevoir et à congédier une foule d'importuns. Adieu, je suis un peu fâchée contre vous ; mais je ne vous en aime pas moins.