XXIX« LETTRE
Mes ordres sont donnés, mes relais dispos-^s; je pars lundi. Voilà ma réponse à vos vives, à vos raisonnables exhortations ; mais ne prenez point une fausse idée du cœur de votre amie : non, mon cher comle, non, je ne recouvrerai point à Mondelis la paix que vous m'y promettez. Ah ! je ne désire point de la recouvrer. Je fuis le danger de laisser apercevoir un penchant trop tendre ; mais j'emporle le trait dont mon âme est blessée, je ne veux pas, je ne voudrai jamais l'en arracher. Au milieu de ma solitude je me livrerai sans rougir à mes sentiments; en cessant de les craindre, je cesserai de les combattre. L'idée de M. de Montalais, à présent si inquiétante, qui élève des mouvements si tumultueux dans mon cœur, n'y excitera plus que de douces émotions: j'oserai me dire : Il m'aime; j'oserai me dire : Je l'aime : il sera toujours présent à ma pensée. Qui, moi, féloignerois son souvenir! Pourquoi dites-vous que je l'oublierai? pourquoi paroissez-vous le souhaiter?
Ne prenez point ce ton rigide, n'empruntez jamais le langage de madame du Lugei. Mon ami, Taustérité est le faste de la vertu. Indulgents pour les autres, sachons l'être pour nous-mêmes. Attachée 5 mes devoirs, je veux les remplir sans m'imposer des lois plus sévères ; étendre trop un lien, c'est risquer de le rompre. Eli! pourquoi ne me pardonnerois-je pas une foiblesse qui ne nuit à personne?
Je ne puis vous rien dire sur madame de Valattcé, je ne l'ai pas vue, et je voudrois bien ne pas la voir. J'espère pourtant
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qu'elle ne me parlera pas de son neveu. Je vous écrirai bientôt de Mondelis.... De Mondelis! Hélas! j'y vais donc? Il est donc vrai que je pars? Ahl vous n'attendrez pas mes lettres, craignez d'en être accablé. Combien je vous répéterai les mêmes expressions î Quel soulagement pour mon cœur de s'épancher dans le vôtre ! Mais ne me querellez point, traitez-moi avec douceur. En m'arrachant mon secret, vous avez contracté l'obligation d'être patient : songez que je suis triste, que je me trouve trèsmalheureuse ! Vous me devez des égards, de la complaisance, traitez-moi comme un enfant. Sa demande est injuste, on le sait ; mais sensible à ses pleurs, on le (latte, on l'apaise après l'avoir grondé, on lui donne un peu de ce qu'il vouloit tout entier.
Eh! mon Dieu ! que vais-je faire à Mondelis? vous écrire, pleurer, rêver, m'affliger : voilà les occupations que va m' offrir cette retraite paisible où vous me désirez, où la raison me conduit, où le regret et la douleur m'attendent. Adieu. Je fais un effort pénible, laissez-moi le sentir, le dire : est-ce le temps d'exiger que je m'en applaudisse ?