XXX1X« LETTRE
Vos réflexions sur l'humeur de madame de Martigues sont un peu trop sévères : eh î pourquoi doutez-vous de ses résolutions ? Elle a pris cette fois des engagements trop forts, comment les romproit-elle? Son portrait donné, ses intentions annoncées,
le fl
1111 contrai prêt à signer... Eh ! vous n'y songez pas? Son billet no signifie rien, c'est un badinage. Le comte dePiennes frémiroil s'il lisoil cet endroit de votre lettre, illuidonneroitune véritable alarme. Madame de Thianges ne quitte plus madamede Martigues, le nom de sœur leur est déjà familier ; tout se prépare, tout s'arrange, mille ouvriers sont en œuvre, et rien n'annonce un changement ; il est même impossible d'en prévoir aucun.
On m'a permis d'abandonner un ennuyeux régime. Le plus beau temps du monde m'invite à me promener; Pair me fait du bien ; mes idées deviennent plus distinctes : est-ce un avantage? je ne sais. 11 est une sorte de stupidité douce, paisible ; elle suspend les mouvements rapides de notre âme, elle calme les agitations de nos sens ; dans cet état tranquille, on s'ignore, on s'oublie, le temps s'écoule sans laisser apercevoir sa durée, le passé s'efface de notre esprit, l'avenir ne l'occupe point; si cette situation n'a rien d'agréable, elle n'a rien de fâcheux, et j'éprouve qu'il est possible de la regretter.
Madame de Montalais est toujours malade, bien malade^ dit madame deMartigues. Pourquoi ne puis-je penser sans émotion... Bien malade! Son état me touche... Mais j'ai été bien malade aussi ; n'a-t-on pas cru ma mort certaine? D'où vient, penserois-je... Mon ami, je ne désire pas... Elle sera. aussi heureuse que moi, je l'espère.
Je voudrois que madame de Martigues ne m'eût pas montré plusieurs leltres du marquis ; je voudrois ne pas savoir combien il s'intéresse à moi. Pendant les premiers jours de ma fièvre, il envoyoit tous les matins un exprès au comte de Piennes, et chaque soir madame de Martigues lui en dépêchoit un autre. Quelles expressions passionnées dans ses billets... L'indiscrète! Falloit-il me forcera les entendre? continuera lire malgré moi? Ah ! ces expressions trop tendres, trop vives, se sont gravées dans mon cœur, elles y ont ramené le trouble et l'inquiétude. Ces lettres, le danger de la marquise, les propos de madame de
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178 LETTRES DE MADAME DE SANCERllE.
Martigues, ma propre foiblesse... Adieu. Mes idées se cont'otidenl; elles errent loin de moi, elles s'égarent, je crains de les lixer ; non, je n'ose m'arrêter sur la seule... Je n'ose m'arrêler sur aucune.