LETTRE DE MADAME DE THEMINES A MADAME DE SANCERRE
« Je ne suis point complice de l'étonnante démarche de madame de Martigues. Je vous prie de le croire, madame, de vouloir bien en assurer le comte de Piennes, madame de Thianges, et surtout M. de Thémines ; j'ai été aussi surprise de voir madame de Martigues sur le chemin de Fontainebleau que vous avez dû l'être en apprenant son départ. Elle vient à Bourbon. Je ne lui aurois pas conseillé ce voyage, mais je ne saurois vous cacher le plaisir que je sens d'y aller avec elle. Ma belle-mère a commencé par la quereller, ensuite elle a ri. Une compagne si enjouée, si chère à mon cœur, va me rendre le séjour de Bourbon aussi agréable que je craignois de le trouver ennuyeux. Adieu, ne nous grondez point, pardonnez à la jolie fugitive, engagez madame de Termes à nous montrer la même indulgence. J'aime bien M. de Thémines, je l'aime de tout mon cœur; mais.... mais je ne saurois désapprouver une femme libre en la voyant éviter un joug pesant. Le meilleur mari est.... est un mari. »
XLÏI« LETTRE
Le départ de madame de Martigues et le désespoir du comte dePiennes m'occupent bien désagréablement, je vous l'assure. Mon cœur est blessé de tout ce que j'entends dire. Madame de Termes et moi nous ne quittons pas madame de Thianges; sa tendre amitié la retient dans la chambre de son frère. Hier on le disoit accablé, je l'ai trouvé furieux. Eu m'apercevant, il jela des cris douloureux ; il n'écoute pas, il ne répond point, il pleure, il crie ; quand il parle, il erre, il extravague. Son état est violent, il me touche, il m'inquiète, il m'afflige en vérité. Pendant qu'il se désole, madame de Martigues s'amuse à Bourbon, Thémines vient de m'envoyer une lettre d'elle. 11 l'a lue avec humeur, son billet me le prouve. Puisque vous désirez de connoître toutes ses raisons^ lisez la copie de cette lettre.