XLVIII^ LETTRE
Ah 1 partagez ma joie, la plus douce espérance renaît dans mon cœur. Tous avez raison, mon cher comte, je suis aimée, je n'en puis plus douter, je n'en veux plus douter! Aimable, généreux Montalais ! il la refuse, oui, il refuse mademoiselle de Roye. Sa jeunesse, sa fortune, rien ne porte atteinte aux tendres sentiments qu'une autre lui inspire. Une autre : ah ! mon Dieu, si ce n'étoit pas moi I
Madame de Thianges me quitte à l'instant, elle m'a montré une lettre de Comminges. Je l'ai lue dix fois, je ne me lassois point de la relire. Une passion ardente et secrète remplit^ dit-il, le cœur du marquis. Il F avoue, saiis en nommer l'objet ; refuser une femme de seize ans, noble, riche et jolie, c'est faire un grand sacrifice. Une seule personne me paroU digne de M. de Montalais. Des ressemblances frappantes clans les caractères doivent naturellement rapprocher les cœurs... Je souhaite de ne me pas tromper, mais je nose m^ expliquer davantage. Montrez, je vous prie, ma lettre à madame de Sancerre. Sa' pénétration me ser oit utile. Demandez-lui si elle veut bien 7n aider à deviner cette personne si seckè*
TEMEKT, SI VÉIUTABLEMEOT AIMÉE.
Je ne saurois vous exprimer combien mon nom m'a causé de surprise. J'ai senti mon visage brûlant, le cœur me battoit avec violence ; je n'osois lever les yeux, je craignois les questions de madame de Thianges ; mais^ plus occupée des intérêts de son frère qu'attentive à mes mouvements, elle m'a demandé si Comminges ne vouloit pas parler de madame de Martigues. Je l'ai assurée que je ne le croyois point. Sa curiosité ne s'est pas étendue plus loin.
Le marquis doit aller en Languedoc avec le comte de Roye^ leurs affaires sont presque terminées. Avant son départ il
viendra à Paris ; après une si longue absence, une si dure privation, qu'il nie sera doux de le revoir, de lire dans ses regards, moins timides, moins contraints, cette ]m<ssio?i qui remplit tout son cœur ! Quoi ! il me parlera? j'entendrai le son de celte voix chérie; il me dira : Je vous aime; je l'écouterai sans rougir; il me sera permis de lever sur lui des yeux attendris et satisfaits ? Je pourrai le dédommager en partie du sacrifice généreux qu'il vient de me faire... Bon Dieu ! que l'espérance dissipe rapidement les nuages sombres que forme la crainte ! Comme le désir trace promptement de riantes images... Ah ! ne les effaçons pas ; jouissons au moins de ces délicieuses illusions; laissons-les charmer nos sens, elles nous trompent, peutêtre; eh ! qu'importe, si elles nous donnent un plaisir réel?
Mon ami, j'ai besoin de toute votre indulgence : je raisonne bien mal, n'est-ce pas? Vous écrire dans les moments où je ne suis point à moi-même, c'est vous donner une preuve bien décidée de ma confiance. Adieu.