‹ ŒuvresChapitre 41 sur 87 · LVI« LETTRE · texte numérisé non relu

LVI« LETTRE

Serai-je toujours tourmentée, contrariée, impatientée, désolée ! On ne veut pas me laisser voir le comte d'Estelan, on m'empêche de lui écrire; on cherche le parti que je dois prendre. Un seul me paroit honnête, je veux tout rendre. Mes amis, particulièrement M. et madame de Termes, s'y opposent forlemoril;

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ils examinent, consultent, se donnent d'inutiles peines. Assurément je ne plaiderai point. Moi ! disputer à un fils l'héritage de son père? contester des droits justes, naturels? exposer la réputation de ma mère? voir attaquer sa mémoire, son intégrité dans de hardis libelles, où l'on ose avancer impunément d'horribles faussetés, où l'intérêt s'appuie sur le mensonge et la calomnie ! On accuseroit ma mère d'une basse séduction, on lui reprocheroit d'avoir dicté ces actes, de s'élre rendue maîtresse de l'esprit d'un homme malade et chagrin. Madame de Kerlanes ne disoit-elle pas que le maréchal de Tende et elle s'étoicnt unis? Ne regardoit-elle pas le testament fait en ma faveur comme leur ouvrage ?

Eh puis, mon ami, notre raison, notre cœur, ne sont-ils pas nos premiers juges? Qu'importent les lois, si notre conscience prononce contre elles? Accepterois-je aujourd'hui les dons d'un père irrité? Voudrois-je me prêter à sa vengeance, profiter des dispositions faites dans sa colère? Non sans doute : eh pourquoi donc refuserois-je à M. d'Estelanla restitution qu'il exige? c'est un dépôt remis entre mes mains. Comment me permettrois-je de le retenir ? mais dans quelle circonstance on me le redemande !

Avant la mort de madame de Montalais, le retour de M. de d'Estelan ne m'eût causé aucune peine. Vous savez si je tiens à ce vain éclat dont je me vois environnée. Je puis supporter la médiocrité, j'ose le croire; espérer qu'elle ne m'abaissera ni à mes yeux ni ù ceux de mes amis. Mais le moment, les dispositions que j'allois faire, une donation prête à signer.... Ah! perd-on sans regret la douceur d'enrichir ce qu'on aime ?

Je m'afflige^ je pleure, rien ne peut me consoler. Je cache encore ce cruel événement à M. de Montalais. Il faudra bien le lui apprendre. 0 mon cher comte, prévoyois-je, quand il parlit, (]ue je lerminerois encore mes lettres par cette triste expression, plaiynez-moi !

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