LETTRE XIII
Diirianche, à Winchester.
Deux de vos lettres I... il n'est point revenu... on ne sait où il est... Une de mylord Carlile... il ne m'apprend rien; mais il me gronde, et très-fort, et avec de l'humeur qu'il veut me faire prendre pour de l'amitié... pour de la raison. Oh! je lui répon-
LtTTRUS DE MVLADY CATESBV. . 555
(Irai, en vérité! Il se plaint de vous, du peu de complaisance que vous lui marquez. Aussi, ma chère Henriette, pourquoi ne voulezvous pas lui dire ce que vous savez comme moi-même, ce que j'ai consenti que vous lui apprissiez? Vous ne voulez pas faire connoître à cet homme combien un autre a été aimé. Celte excuse est désobligeante: a-t-il tort d'en être fâché? Quoiqu'il soit mon meilleur ami, j'ai une sorte de répugnance à lui avouer mes foiblesses : pourtant je lui dirai tout ; il verra du moins qu'il n'entre dans mon ressentiment aucun des caprices tant reprochés à mon sexe. Vous n'êtes pas bien avec sir Henry ; c'est un malheur que je ne puis vous dissimuler. Il m'a démandé hier pourquoi vous aviez remis à l'été votre mariage avec mylord Carlile : je lui ai dit que c'étoit pour attendre le retour de votre oncle, dont l'ambassade fmissoit dans ce temps. Un quart d'heure après il m'a fait exactement la même question, et moi positivement la même réponse. Cruelle tille! s'est-il écrié, imposer une loi si dure!... Sij'étois Carlile... Si vous l'étiez, monsieur? Je crois... Vous croyez? J'espère que Mylady ne peut s'offenser. Mais, je vous prie, si vous étiez Carlile? Je n'ose parler, j'ai le malheur de vous révolter, de vous être importun : pourtant! Là-dessus il s'est levé, a pris le ciel à témoin de je ne sais quoi, s'est promené à grands pas, a commencé une conversation avec lui-même; et lout cela d'un air si sombre, si triste, si lugubre. . . ; et puis il est resté si déconcerlé... Mais le voici plus morne, plus malade, plus mort que jamais; il m'apporte des pamphlets : je suis sûre qu'ils ne valent rien.