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LETTRE XIX

Samedi, à Winchester.

Sir James m'a écrit. Sa lettre est tendre; il aimera, il se taira. Il n'ose me demander le sujet de mes pleurs ; il n'oubliera jamais cet instant. Il voit que mon cœur est pénétré d'une douleur qu'il respecte. Il finit en m'assurant d'un amour éternel.

Eternel! ma chère, ils promettent tous un amour éternel! La première preuve que sir James veut me donner de cet éternel amour et de sa soumission, estde renfermer des sentiments qu'il est sûr de conserver toujours. Je lui ai répondu poliment, en acceptant seulement son silence. Je suis fâchée de lui avoir inspiré delà tendresse. Si je ne puis faire le bonheur de sir James, je voudrois bien au moins ne pas lui causer des peines. Il est aimable ; il me plairoit, si Ton pouvoit encore me plaire.

Vous êtes sûre que mylord d'Ossery n'est point à Bath? On ne

o80 LETTRKS ])E MYLADY CATESBY.

Ta pas Ml à Erford. Mylady d'Ormond me l'auroil nommé parmi ceux qui sont chez elle. Elle me presse d'aller la trouver* Retourner à Erford, revoir ces lieux!... Ahl je n'irai point à Erlbrd.

A^oilà sir Henry très-promptement de retour; et le voilà précisément tel qu'il étoit parti. Je l'ai reçu assez bien; pas assez pourtant, car il a l'air peu content.... Mylady écrit.... un grand soupir, et le triste personnage s'en va... Eh ! non, il revient chargé d'une corbeille de jacinthes et de semi-doubles dont il va parer mon cabinet. Tandis qu'il fait cet arrangement, mylady écrit, au grand regret de sir Henry.

Je sens que rien n'est plus malhonn-ele : mais si j'étois capable de complaisance pour ses soins, il m'en accableroit. C'est bien assez de supporter en silence toutes ses humeurs. H en a tant avec moi, que souvent je m'examine pour voir si je n'ai pas des torts avec lui. Ce qui me rend sa présence fâcheuse et sa tendresse pénible, c'est de penser qu'au fond de son cœur il me trouve ingrale. En effet, pourquoi le maltraiter? Qu'ai-je à lui reprocher? de l'embarras! un désir d'être avec moi, qui le conduit sur mes pas, peut-être malgré lui? une soumission extrême? une envie de me plaire qu'il ose à peine me montrer?.... Si vous voyiez avec quelle application il s'occupe de son ouvrage... pauvre sir Henry !... On dit que l'on est injuste quand on aime: on l'est bien davantage quand on n'aime pas. De quel droit suisje impolie avec sir Henry? Parce qu'il m'ennuie, faut-il que je l'afflige? dois-je abuser du pouvoir que sa foiblcsse me donne sur lui? Ne doit-on rien à celui que l'on fait souffrir, même sans le vouloir?... Allons, je vais l'entretenir... Mais que lui dire? Je vais lui demander du tabac, l'heure qu'il est, le temps qu'il fait, laisser tomber mon mouchoir pour lui donner le plaisir de le ramasser. Il faut être obligeante.

Mylord Carlile me demande pardon; il trouve que j'ai raison : mais il ne conçoit pas ce qui a pu faire changer de caractère à

mylord d'Ossery ; il ne le reconnoît point à son procédé bizarre pour moi. Adieu, ma chère et tendre amie.

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