‹ ŒuvresChapitre 69 sur 87 · MYLORD D OSSERY A MYLADY CATESBY · texte numérisé non relu

MYLORD D OSSERY A MYLADY CATESBY

« Fuir un malheureux, rejeter ses soumissions, l'abandonner à ses remords, mépriser son repentir, se peindre sans pitié ce qu'il doit souffrir; c'est le procédé d'une femme ordinaire qui se croit offensée, se livre à l'ardeur de son ressentiment, veut punir, se venger, et de laquelle au fond on n'a pas droit d'exiger plus de douceur ou de complaisance.

« Ne pas fermer son cœur au mouvement généreux qui peut encore l'ouvrir à la compassion ; s'attendrir sur le sort d'un homme d'autant plus à plaindre qu'il a mérité les maux dont il gémit ; oublier, pardonner, remettre à l'ami une partie des dettes de l'amant ; accorder quelque indulgence au retour d'un coupable, l'entendre au moins, c'est ce qu'on avoit espéré de l'âme noble, éclairée de mylady Catesby.

« Mais elle a changé. Elle n'est plus cette femme sensible et vraie, cette maîtresse tendre, qui vouloit aimer toujours, dont rien ne devoit affoiblir les sentiments. Ses lettres, seule consolation de mon exil, seul adoucissement de mes longs chagrins ; ces lettres si chères, si souvent pressées contre mes lèvres, si souvent baignées de mes larmes ; ces lettres charmantes, unique reste de mon bonheur passé, elles me disent encore que vous m'avez aimé ; mais vos yeux m'ont dit que vous me haïssiez, et votre départ ne me l'a que trop confirmé.

u Ah ! lady Juliette ! lady Juliette 1 est-ce bien vous qui me montrez cette inhumaine fierté? Vous m'aviez tant promis de m'estimer toujours! que savez-vous si vous n'êtes point injuste? J'ai des torts, sans doute ; mais leur espèce vous est inconnue : jusqu'à présent je n'ai pu vous expliquer ma conduite. Consentez à m'entendre, madame; au nom de tout ce qui vous est cher, permettez-moi de vous voir, de vous parler ; ne refusez pas cette faveur à l'homme qui vous adore, qui n'a jamais cessé

de VOUS aimer, de vous désirer, de vous regretter. Malgré les plus fortes apparences, croyez-le, il n'est point indigne de la grâce qu'il ose vous demander.

« Pardonnez-moi la façon dont je m'y suis pris pour vous engager à lire ma lettre; un de mes gens attend votre réponse à la ferme. »

Cette inhumaine fierté !... Que savcz-vous si vous n'êtes point injuste? Eh bien ! auriez-vous pensé qu'il osât mettre en doute si j'ai tort ou raison avec lui ? Ces lettres baignées de ses larmes... D'oîi vient donc qu'il répandoit des larmes? Quel sujet avoit-il d'en répandre ! Ah ! qu'il en verse encore! qu'il pleure ! il a trahi cette maîtresse tendre qui le préféroit à tout, qui ne vivoit que pour l'aimer, dont les vœux les plus ardents n'avoient pour objet que le bonheur de ce cruel... Ah ! qu'il pleure ! il a tant de reproches à se faire! Cette amie fidélo peut l'abandonner sans être inhumaine, sans être injuste... Audacieux suppliant ! il rie se croit point indigne delà grûce qu'il demande... Pesez bien les termes de cette lettre... Y répondrai-je?... je ne sais... que puis-je lui dire? Mais je ne me sens pas bien... je ne saurois continuer... Ma bonne, ma chère amie, pourquoi vous ai-je quittée, et dans un temps où vos conseils me seraient si nécessaires?... C'est mylord d'Ossery qui en est cause... eh ! ne l'est-il pas de tout ce qui m'afflige?

Page 1