‹ ŒuvresChapitre 77 sur 87 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

Samedi, à Winchestsi

J'ai passé trois jours sans VOUS écrire, ma chère, et je crains bien que mon silence ne vous ait inquiétée ; j'ai eu mal à la gorge, la fièvre, et beaucoup d'accablement : on m'a saignée malgré moi. Sir Henry n'a pas voulu perdre cette occasion de faire éclater son zèle officieux ; il s'est emparé de ma chambre, en a fait les honneurs... Cet homme est bon, il souffre ; quelquefois il me fait pitié, plus souvent il m'impatiente ; j'ai le cœur assez sensible pour le plaindre, mais je l'ai trop prévenu pour l'aimer.

John est revenu ; mylord d'Osseryest dans une convalescence qui promet un très-prompt rétablissement; mon imbécile messager me cause à présent une autre sorte d'inquiétude... Maison m'annonce Abraham, le valet de chambre de mylord. . . Mon Dieu! que me veut-il? Oh 1 que le cœur me bat!.. Si troublée pour un homme à lui! Eh! que seroit-ce donc si le comte lui-même?.. Que de variété dans ma foible tête ! Je brûlois de le voir, il y a quelques jours, et Je seul nom d'Abraham m'interdit !... C'est un billet qu'il m'apporle... Ce pauvre Abraham, il est si charmé de me revoir, qu'il ne peut me parler... Mais lisons... Ces lignes sont tracées avec difficulté... Il a été bien mal... Voyez, ma chère, ce qu'il m'écrit.

« Quoi ! madame, vous avez daigné vous intéresser à mes jours ! Cette bonté me touche vivement ; mais la dois-je à votre seule pitié! prouveroit-elle un foible reste de cette amitié?... Hélas I j'ose à peine me flatter que vous en conserviez un léger souvenir ! Qu'il me seroit doux de penser qu'elle n'est pas en^ iièrement éteinle dans votre cœur ! Ah ! si l'ardeur de la mienne pouvoit la ranimer encore !.. Mais vous ne voulez pas m'écouter.

Recevez, madame, mes respectueux remercîments. Sans examiner le sentiment qui vous a fail prendre part à mon étal, je dois me Irouver heureux de l'avoir excité. »

Vous voyez, il sait que j'ai craint pour sa vie. John, l'impertinent John est cause de ces remercîments qu'il me fail... Mais je suis obligée de finir ; on attend après ma lettre. Je ne veux pas vous laisser un jour de plus dans l'incertitude de ce qui peut ctre arrivé : et puis il faut une réponse à Abraham. Ah! c'est une grande affaire que celte réponse.

Page 1