‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 105 sur 252 · LE SOUPER RIDICULE · texte numérisé non relu

LE SOUPER RIDICULE

Ce mouvement de temps ^, peu cogneu des humains, Qui trompe nosire espoir, notstre esprit^ et nos mains, Chevelu sur le front, et chauve par derrière. N'est pas de ces oyseaux qu'oa prend à la pantière ^, Non plus que ce milieu^, des vieux tant débatu, Où Ton mit par dépit à Tabry la vertu.

N'est un siège vaquant au premier qui Toccupe. Souvent le plus mattois ne passe que pour dupe , Où par le jugement il faut perdre son temps ^

1 . Cette satire n'est point dans la première édition de itf08. Il est inutile de faire remarquer que Despréaux la connaissait lorsqu'il a composé sa troisième satire, qui est également la description d'un dîner ridicule.

2. L'occasion. Rabelais, liv.I, chap. xxxvii: « L'occasion ha tous « sescheveulx au front : quand elle est oultrepassée^vous ne lapou- « vez plus révoquer. Elle est chauve par le derrière de la teste, et « jamais plus ne retourne. » Ausone, épigr. xii, fait une description de Voccasion, On en trouve aussi une dans Phèdre^ livre V, fable VIII.

5. Pantière^ grand filet à prendre les oiseaux. 4. « In medio virtus. »

Virlas est médium vitiorum, et utrinque redoctum.

(HoR., épU. 1, xviii.)

B. Edition de I64â et suivantes, il faut prendre le temps.

A choisir dans les mœurs ce milieu que j'entends.

Or j 'excuse en cecy nostre foiblesse humaine , Qui ne veut, ou ne peut se donner tant de peine Que s'exercer l'esprit en tout ce qu'il faudroit Pour rendre par estude un lourdaut plus adroit. Mais je n'excuse pas les censeurs de Socrate*, De qui l'esprit rongneux de soy-mesme se grate, S'idolâtre, s'admire, et, d'un parler de miel, Se va préconisant cousin de Larcanciel *; Qui baillent pour raisons des chansons et des bourdes , Et, tous sages qu'ils sont, font les fautes plus lourdes; Et, pour sçavoir gloser sur le Magnificat , Trenchent en leurs discours de l'esprit délicat; Controllent un chacun; et, par apostasie, Veulent paraphraser dessus la fantasie.

Aussi leur bien ne sert qu'à monstrer le deffaut. Et semblent se baigner quand on chante tout haut Qu'ils ont si bon cerveau qu'il n'est point de sottise Dont, par raison d 'estât, leur esprit ne s'advise.

Or il ne me chaudroit, insensez ou prudents , Qu'ils fissent à leurs frais messieurs les intendants A chaque bout de champ, si, souz ombre de chère , Il ne m'en falloit point payer la folle enchère.

Un de ces jours derniers, par des lieux destournez ^

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