LE MAUVAIS GISTE
Voyez que c'est du monde et des choses humaines! Toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines ^;
1 . C'est principalement au sujet de cette satire que Boileau aiait reproché à Régnier d'avoir prostitué les muses :
Heureux si , moins hardi , dans ses Ters pleins de sel , Il n'&Toit point tr&tnë les muses au bordel ; Et si du son hardi de ses rimes cyniques , Il n*alarmoit souTent les oreilles pudiques.
Mais Boileau, pour ne point commettre la même faute qu'il reprochait à Régnier, changea les deux premiers vers de cette manière tels qu'ils sont dans le second chant de son \rt poétique :
Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentoient des Heux oii fréquentoit l'auteur.
Je n'entreprendrai point de justifier Régnier d'avoir composé cette satyre, mais on ne peut cependant se refuser k reconnaître que c'est l'une de celles qui font le plus honneur à son rude talent, et que plus d'un grand poète ancien, pour ne citer que Juvénal, Martial ou Lucain, n'en est pas moins estimé pour avoir aussi vertement parlé. Du reste, l'auteur y éloigne du vice bien plutôt qu'il n'y attire, il faut bien le remarquer.
Cette satire ne parut point dans l'édition de 1608; elle fut imprimée dans celle de I6is.*
2. Régnier reproduit la même pensée vers le milieu de cette satire :
Toujours à nouveau mal nous vient noufeau soucy.
Et ne m'ont les destins, à mon dam trop constants, Jamais, après la piuye , envoyé le beau temps. Estant né pour souffrir, ce qui me réconforte , C'est que sans murmurer la douleur Je supporte, Et tire ce bonheur du malheur où je suis.
Que je fais, en riant, bon visage aux ennuis * ; Que le ciel affrontant je nazarde la lune ', Et voy sans me troubler Tune et l'autre fortune.
Pour lors bien m'en vallut ; car contre ces assauts, Qui font, lorsque j'y pense, encor' que je tressants, Pétrarque et son remède', y perdant sa rondache. En eust, de marisson ^, ploré comme une vache.
Martial avait dit, liv. I, épigr. xvi :
Expectant carsqae , c«tenatiqoe labores.
Sénèque, Herc, fur.^ t. 208 :
Finis alterins mali , Gradus est futuri.
Marot, épttre k François !«' :
On dit bien Tray , la mauTaise fortune Ne Tient jamais qu'elle n*en apporte une , Ou deux , ou trois , ayecques elle , sire.
< . Pars major lacrymas ridet , et intns habet.
(Martial, Ut. X, épigr. lxxx.)
i. Proprement: donne des chiquenaudes. Marot, épttre LVi»dit :
Ça ee nez que je le nazarde
Pour t*apprendre aTecque deux doits
A porter honneur où lu dois.
Ici, c'est pris au figuré pour «^ moquer.
5. Pétrarque a fait un traité fort moral De remediis bonœ et malœ forluuœ.
4. Vieux mot, qui est aussi employé par Clément Marot, dans sa première ballade, pour trûtlesse et chagrin.
Outre que de l'object la puissance s'esmeut, Moy qui n'ay pas le nez d'estre Jean qui ne peut ', Il n'est maP dont le sens la nature resveille , Qui ribaut ne me prist ailleurs que par Toreille. Entré doncq' que je fus en ce logis d'honneur, Pour faire que d'abord on me traitte en seigneur, Et me rendre en amour d'autant plus agréable, La bourse desliant je mis pièces sur table ; Et guarissant leur mal du premier appareil, Je fis dans un escu reluire le soleil.
^ nuict dessus leur front la joye estincelante Monstroit en son midy que l'ame estoit contente. Deslors pour me servir chacun se tenoit prest; Et murmuroient tout bas : L'honneste homme que c'est! Toutes, à qui mieux mieux, s'efforçQient de me plaire. L'on allume du feu, dont j'avois bien affaire. Je m'approche , me sied ; et, m 'aidant au besoing , Jà tout apprivoisé je mangeois sur le poing.
Quand au flamber du feu trois vieilles rechignées Vinrent à pas contez comme des araignées ^ :
Chacune sur le cul au foyer s'accropit.
Et sembloient, se plaignant, marmoter par despit. L'une, comme un fantosme affîreusement hardie, Sembloit faire l'entrée en quelque tragédie , L'autre, une Égyptienne, en qui les rides font Contre-escarpes, rampards et fossez sur le front; L'autre, qui de soy-mesme estoit diminutive,